AGAPES FRANCOPHONES 2016

Agapes Francophones 2016 104 L’éducation païenne et l’éducation chrétienne de Saint Augustin Dans les Confessions de Saint Augustin, les paraboles sont une réalité sous-ja- cente : l’image de la brebis égarée domine cet édifice, car nous y retrouvons deux Augustins : l’homme nourri par l’éducationpaïenne, étudiant à l’école de rhétorique, passionné de théâtre gréco-romain et le fidèle guidé par la croyance de samère, Mo- nique, qui trouve Dieu et qui se dédie à la connaissance de Celui-ci. L’adolescence d’Augustin se place sous le signe du péché : né et grandissant en Afrique duNord, d’un père païen et d’ unemère croyante, l’écrivainméprise les con- seils apparemment exagérés de sa mère chrétienne ; le train de vie chrétien lui ap- paraît honteux, surtout devant ses compagnons dumême âge que lui (S. Aug., Conf., II, 3.7), car les jeunes gens sentaient, encore et toujours, que la croyance et la voie de Dieu n’étaient pas pour eux, mais pour les vieillards. Pendant sa jeunesse, Augustin s’est épris de théâtre : il aimait regarder les his- toires, les personnages, mais sans vouloir éprouver les mêmes douleurs ou infor- tunes. Satisfait de l’empathie, le jeune Augustin suivait les intrigues des pièces païennes et il comparaît sa vie de jeune professeur pécheur à la brebis égarée du troupeau de Dieu qui, à cause de l’absence du souffle divin, souffrait de la gale. L’in- terrogation de la fin de la confession sur son amour du théâtre : Telle était ma vie. Était-ce une vie, ô mon Dieu ! est le signe du détachement du nouveau chrétien (S. Aug., Conf., III, 2.4). Augustin reconnaissait lui-même qu’il errait, qu’il avait été per- du et puis récupéré par la grâce de Dieu. C’est une image emblématique pour les deux vies du saint, la profane et la divine. Une autre image parabolique est la plainte de Monique, la mère, qui crut son fils mort parce qu’il était pécheur. La femme affligée a eu un rêve, où elle fut visitée par un jeune homme, qui lui apprit que le chagrin n’était pas bon, qu’il ne fallait pas pleurer, mais penser qu’à force de prier, elle assurerait la présence de son fils absent (S. Aug., Conf., III, 11.19). N’importe où elle était, son fils y était aussi. Augustin reconnaît qu’il se noyait dans l’obscurité, que pendant neuf ans il s’était enseveli dans la boue de l’ignorance et de la débauche (S. Aug., Conf., III, 11.20). Outre le fait d’assumer ces vices et son égarement, Augustin rappelle une gravemaladie physique dont il a souffert, en étant sauvé par la force des prières de sa mère, Monique. Loin de lui, la femme priait pour obtenir sa rédemption (S. Aug., Conf., V, 9.17) et elle a réussi à le guérir physiquement, à avoir son fils à ses côtés jusqu’à sa mort. Pendant ces neuf années vécues dans le péché, où trouve-t-on Augustin ? Le pre- mier épisode est le nord-africain, le premier déménagement d’Augustin à Carthage, où il bouillait dans « la chaudière des honteuses amours » ; cette métaphore montre l’attraction que le jeune ressentait pour le désir charnel, pour le plaisir érotique, en s’éloignant de l’amour et de la charité de Dieu (S. Aug., Conf., III, I.1). C’est pendant neuf ans, de l’âge de 19 ans jusqu’à celui de 28 ans qu’Augustin a erré loin de Dieu. Pendant ce temps, il enseignait la rhétorique, les arts libéraux, il prenait part aux spectacles de théâtre et il avait une liaison sentimentale avec une femme (S. Aug., Conf., IV, 2.3). Il eut un fils, Adeodatus. Le deuxième départ est celui de Carthage à Rome : il se décida à partir afin d’en- seigner la rhétorique, en quittant samère, qui n’était pas d’accord avec ce déménage- ment (S. Aug., Conf., IV, 8. 14). De Rome, il partit pour Milan, où il fut appelé en tant que professeur de rhétorique. C’est là qu’il connut Saint Ambroise.

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