AGAPES FRANCOPHONES 2016
Ioana-Rucsandra DASCĂLU Les paraboles dans l’œuvre de Saint Augustin 105 La séparation de Saint Augustin de la rhétorique classique La séparation d’Augustin de la rhétorique se passa peu à peu, pendant les ven- danges, le professeur ne voulant pas surprendre et choquer ses élèves (S. Aug., Conf., IX, 2.2). C’était à cause d’unemaladie des poumons qu’il ne pouvait plus résister aux efforts des cours et qu’il y renonçait. Il voulait se dédier à Dieu. Augustin appelait le métier de rhétoricien « vendeur de mots », méprisant cette éducation païenne pour se consacrer à celle sainte. Un événement raconté à longueur de quelques chapitres est le vol des poires quand Augustin n’avait que seize ans. Augustin insiste sur cet épisode, qui renferme une métaphore très profonde, pour montrer que la vie sans Dieu est gratuite. Ac- compagné par quelques amis, Augustin vole des poires : il ne l’a pas fait parce qu’il était pauvre et affamé, mais parce qu’il aimait l’injustice et qu’il voulait commettre des actes illégaux. Il n’était pas poussé par le désir de manger ou par l’envie mais par le vol même. L’adolescent se sentait bien quand il faisait du mal, il se sentait le maî- tre de son destin. De plus, il n’en a pas mangé, mais il a jeté les fruits aux cochons. Les interrogations rhétoriques qu’Augustin se pose rétrospectivement sont un véri- table procès/cas de conscience : il ne pouvait s’opposer à la loi que par la fraude, il ne pouvait faire entendre sa voix qu’en franchissant les bornes de la loi. Cet exploit est une parabole à sensmultiples : d’abord elle symbolise l’âge jeune : les adolescents ne raisonnent pas, étant poussés surtout par des impulsions affectives. Puis, seule- ment, pour se sentir puissant, sans avoir nécessairement besoin des biensmatériels visés, on transgresse la loi et on vole. Finalement, sans connaître la peur de Dieu et du mot divin, l’adolescent se conduisait comme il le sentait, au gré de son instinct, péchant gratuitement. Une autre parabole remarquable est celle des « palais de la mémoire ». Augustin essaie de se diriger vers Dieu et sur ce chemin il arrive aux vastes palais de la mémoire lata praetoria memoriae (S. Aug., Conf., X, 8. 12). La mémoire est donc imaginée tel un immense bâtiment princier, où les images sont des personnages qui y viennent. Principalement ce sont les produits des sens, ce que les sens reçoivent par la perception. La mémoire est pour Saint Augustin un réser- voir où se rassemblent les connaissances de littérature, d’arts libéraux. Comme termes latins que l’écrivain utilise, on trouve, à part praetorium, d’autres syntagmes comme : aula ingens memoriae (S. Aug., Conf., X, 8.14) et penetrale amplum et in- finitum (S. Aug., Conf., X, 8.15), desmots qui expriment l’espace, autant dans l’éten- due que dans la profondeur. Conclusions Après tous les épisodes que j’ai évoqués, il n’est pas surprenant qu’Augustin ima- gine des paraboles, j’oseraismême affirmer qu’il a une pensée essentiellement para- bolique. Les historiens littéraires ont remarqué cette naïveté de l’écrivain, qui croyait à l’existence matérielle du feu de l’Enfer (Cizek 2003, 459). Il se fiait aussi à laméta- morphose d’Apulée en âne. (Idem, ibid .) La clef de voûte de la construction des Confessions est la conviction augusti- nienne exprimée dès le premier livre : la vie de l’homme sur la Terre n’est pas la vraie vie-par l’oxymoron augustinien uita mortalis (vie mortelle) ou mors uitalis (mort vitale); on comprend que c’est la vie éternelle, régie par Dieu, qui est la vie vé- ritable. Comme on l’a remarqué dans les définitions, les paraboles de souche bi- blique sont les plus nombreuses. J’ai mis les Confessions de Saint Augustin sous le
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