AGAPES FRANCOPHONES 2016
Alexandra DĂRĂU-ŞTEFAN Paraboles, croyances et discours biblique dans Étoile Errante de J.-M. G. Le Clézio 109 1 Dorénavant désigné à l’aide du sigle (ÉE), suivi du numéro de la page. 2 Arthur Rimbaud, dans une lettre à Paul Demeny du 15mai 1871 s’exclame « je est un autre ». 3 Louis Maïeul Chaudon est un biographe français, auteur de plusieurs dictionnaires parmi lesquels le Dictionnaire historique, critique et bibliographique, dont nous faisons référence dans l’article présent. taire et accuse cette foule en expliquant à Esther : « Il n’y a pas d’innocents, ce sont les mères et les femmes de ceux qui nous tuent » 1 . (ÉE, 213) On peut remarquer ici l’évocation que fait Le Clézio d’Agapé, l’amour du prochain. Les représentantes des deux peuples en conflit, investies par le souci humanitaire de l’auteur, réussissent à dépasser la projection égocentrique de soi et à s’approprier chacune une histoire qui aurait pu être la leur. « Je est un autre » 2 pour Nejma aussi, car elle arrive à se confondre en l’autre : Alors j’avais acheté un cahier noir, moi aussi, sur lequel j’avais écrit à la pre- mière page son nom, Nejma. Mais c’était ma vie que j’y mettais, un peu chaque jour, mes études à l’université, Michel, l’amitié avec Lola, la rencontre avec Béré- nice Einberg, l’amour de Philip. Et aussi les lettres d’Elizabeth, l’attente du re- tour, les collines si belles, l’odeur de la terre, la lumière de la Méditerranée. C’était elle, c’était moi, je ne savais plus. (ÉE, 308) Si, à travers leurs journaux, les protagonistes essaient de préserver de l’oubli le vi- sage de l’Autre, la finalité de l’écriture dans ces deux cahiers devient le dépassement et l’effacement de la haine et du désir de se situer toujours au-dessus d’Autrui. Afin d’aboutir à cela, affirme Julia Kristeva, il faut « [n]e pas chercher à fixer, à chosifier l’étrangeté de l’étranger […] S’évader de sa haine et de son fardeau, les fuir non par le nivellement et l’oubli, mais par la reprise harmonieuse des différences qu’elle sup- pose et propage ». (Julia Kristeva 2011, 11) 2. La parabole de contenu ou la parabole théologique Nous opposons à la parabole de forme, envisagée comme métaphore développée, la parabole de contenu, qui demande une lecture attentionnée et responsable de la part du lecteur. Si dans les paraboles évoquées antérieurement il n’était pas question de la divinité, dans ce qui suit, le discours narratologique sera fortement habité par la présence de Dieu, il provoquera l’auditeur à une réflexion ayant pour but de trouver une réponse précieuse à la question qui le préoccupe tant. Un deuxième couple dichotomique s’esquisse : parabole profane-parabole théologique. Nousmettons ici le signe d’égalité entre la parabole de contenu et celle théologique, tel que nous avons fait pour la parabole de forme et celle profane. 2.1. La parabole du Juif errant et le Livre du Commencement L’attestation des paraboles théologiques remonte à la littérature rabbinique et puise dans un fond populaire séculaire. Ce style littéraire ancien qui aide à faire passer unmessage aumoyend’une comparaison est utilisé avec prépondérance dans la Torah dont le Livre du Commencement, tant de fois évoqué dans le roman, fait partie. La religion judaïque voit naître à son insu un personnage maudit, venant de nulle part et haï partout, dont le mythe est constamment nourri non pas seulement par laBible chrétienne ou les légendesmahométanes commeLouisMaïeul Chaudon 3 le rappelle, mais aussi par les belles lettres. Figure récurrente dans la littérature, il
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=