AGAPES FRANCOPHONES 2016

Alexandra DĂRĂU-ŞTEFAN Paraboles, croyances et discours biblique dans Étoile Errante de J.-M. G. Le Clézio 113 La parabole du Juif errant incite à la réflexion par la question qu’Esther se pose, même si elle ne l’articule pas pour de vrai, et par sa quête d’appartenance religieuse. Le fait que l’héroïne ne reçoit pas de réponse de la divinité, n’empêche que son histoire soit classée comme parabole. Notre point de vue est soutenuparRenéHeyer et son ouvrage Le voyage des paraboles. Bible, littérature et herméneutique . Heyer suggère que, grâce à leurs usages contemporains multiples, les paraboles question- nent la destinée de l’homme moderne, en poussant sa capacité de raisonnement, sans pour autant, fournir des solutions. 2.2. Les paraboles des Djenounes CommeBrunoThibault l’affirme dans J.M.G. Le Clézio et laMétaphore Exotique, l’écrivain « n’ignore pas que la question du partage des terres en Palestine est aussi liée, sur un plan symbolique, au partage de la parole divine, c’est-à dire au montage du Coran sur la Torah, source d’une rivalité religieuse ancestrale ». (Bruno Thibault 2009, 173) Cependant, dans Étoile errante, la problématique de cette dette du peu- ple d’Allah à l’égard du grand code juif et de son Livre Saint n’est pas mise en cause. L’islam est traité plus en profondeur dans Gens des nuages, tandis que dans Étoile errante, Le Clézio se contente d’évoquer, par l’intermédiaire du journal de Nejma, quelques légendes traditionnelles polythéistes pré-islamiques, dont les protagonistes sont les Djins. Le narrateur est une vieille femme, par son nom Aama Houryia, la tante adoptive de Nejma, dont la figure incarne la tradition ancestrale. Elle nous est présentée en tant que membre de la famille dès que Nejma, la palestinienne prend la parole : « Ceci est la mémoire des jours que nous avons vécus au camp de Nour Chams, telle que j’ai décidé de l’écrire, moi, Nejma, en souvenir de Saadi AbouTalib, le Baddawi, et de notre tante Aamma Houryia. En souvenir aussi de ma mère, Fatma, que je n’ai pas connue, et de mon père, Ahmad ». (ÉE 217) Sa narration à la troisième personne commence en été 1948, avec la triste remé- moration de la scène d’un enterrement musulman. Dans ce camp, paradoxalement appelé Nour Champs, qui signifie « lumière du soleil », les réfugiés attendent impa- tiemment les camions des Nations Unies. La peur rode et donne aux gens la sensa- tion que ce camp-prison risque de se transformer en cimetière : « […] les Nations Unies nous abandonnent, ils ne vont plus nous donner de nourriture, ni des médi- caments, et nous allons tous mourir. […] Ainsi en ont décidé les étrangers, pour que nous disparaissions à jamais de la surface de la terre ». (ÉE 219) Les réfugiés sont hantés par la peur et par l’angoisse, les sauveteurs sont susceptibles de se détourner d’eux ; ils sont appelés étrangers, un mot chargé de sens, qui éveille la méfiance. Un sentiment d’aliénation s’installe chez cet étranger dont l’avenir s’avère difficile à entrevoir : « N’appartenir à aucun lieu, aucun temps. Aucun amour. L’origine per- due, l’enracinement impossible, la mémoire plongeante, le présent en suspens ». (Julia Kristeva, 17–18) L’endroit où se trouve Nejma et les siens s’apparente au bout du monde, à l’op- posé de la Terre Sainte, cet axis mundi tant rêvé : « Le camp de Nour Chams est sans doute la fin de la terre, parce qu’il me semble qu’au-delà il ne peut rien y avoir, qu’on ne peut rien espérer ». (ÉE 223) Ce n’est pas seulement un endroit, c’est un chro- notope, car la dimension temporelle s’y attache. Le monde se réduit au hic et nunc, rien n’existe au-delà. Pendant ces temps de guerre, afin de survivre, l’unique alter- native envisageable est celle d’une échappatoire qui permettrait aux gens de trans- gresser l’espace-temps et de s’isoler à l’abri d’un monde imaginaire.

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