AGAPES FRANCOPHONES 2016
Roxana-Ema DREVE (Le) Désert de J.M.G. Le Clézio comme parabole 119 (signifiant « lumière » en arabe) nous suggère d’ailleurs l’idée que le déplacement parcouru par Nour représente une parabole de la liberté, mais aussi du temps. Le rapport chemin / mémoire apparaît d’ailleurs souvent chez Le Clézio. Dans son livre Mythe et écriture. La nostalgie de l’archaïque, André Siganos souligne le fait que « l’œuvre le clézienne se caractérise par une « écriture archaïque », une écriture qui fait appel à la mémoire humaine la plus lointaine se rapprochant de l’expression dumythe » (11–12). Pensons seulement à la légende d’Al Azraq qui, dé- fiant le flux temporel, est racontée par Ma el Aïnine à Nour et par Aamma à Lalla, ce qui indique, sans doute, un encragemythique commun entre les deux protagonistes. En plus, comme pour nous faire repenser l’Histoire et le rapport vécu collectif / vécu individuel, nous apprenons que Lalla est, elle-même, descendante de Ma el Aïnine. En effet, la plupart des paraboles racontées, représentent finalement de vraies hypotyposes, puisqu’elles nous donnent à voir, gravant dans notremémoire l’image- même de l’évènement. Plus qu’un écrivain militant pour la paix dans un monde déchiré par la guerre, Le Clézio s’avère être, comme le dit si bienMarina Salles, « un peintre de la vie moderne ». Il faut encore souligner que les tableaux qui surgissent quasi réels devant nos yeux renvoient à la discordance évidente entre L’Occident et l’Orient. Il y a d’un côté l’Afrique, terre de rêve et de conte où la narration et la para- bole occupe une place essentielle quant à l’identité des personnages et de l’autre Marseille, véritable terre d’asile pour les immigrés. Cette idée se reflète également dans la structure binaire du roman. Les micro-récits, mis en relief par l’intermé- diaire des deux parties intitulées « Le bonheur » et « La vie chez les esclaves » donnent l’impression d’un effet d’écho, comme si le temps serait flexible. La notion de flexibilité et de non-linéarité temporelle, crée parMandelbrot dans Une approche fractale des marchés, risquer, perdre et gagner (264) met le point, en quelques mots seulement, sur le « quoi » de l’écriture leclézienne qui ne cesse de fasciner éperdument les lecteurs. Lalla – et la tradition orale À part la récupération des événements passés et la restitution de la mémoire iden- titaire qui se sont avérés essentiels quant au développement psychique et somatique de Nour, il existe dans Désert un autre aspect révélateur : l’effort de rendre tangible la fusion avec la mémoire ancestrale. Les trous de mémoire liés à la période de la première enfance tout comme le décalage temporel qui lui est associé expliquent pourquoi Lalla, l’autre figure centrale du récit « ne se souvient plus très bien du temps où elle est arrivée » (D87). Comme le titre semble l’indique déjà, par sa forme non articulée, un des thèmes suggestifs du roman renvoie aux bonheurs et aux an- goisses d’une l’orpheline qui part à la recherche d’une nouvelle vie au-delà du désert qui caractérise son existence quotidienne. Lalla, jeune fille descendante des hommes bleus, devient héritière de ce que FloareaMateoc appelle dans Configuration du dé- paysement dans l’espace littéraire et francophone « solitude foncière » (163). Elle recrée l’itinéraire parcouru par ses ancêtres, tout en suivant une route imaginaire, reliant l’Orient et l’Occident. Pour ce faire, Lalla s’appuie sur des remémorations. Analysés, selon une formule heureuse d’Évelyne Thoizet, en tant qu’action qui « sert souvent à donner une épaisseur temporelle au personnage romanesque, à justifier ses actions, à élucider les bizarreries de son comportement ou à le situer dans un espace-temps particulier » (Thoizet 186), les flashbacks aident Lalla à reconstruire
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