AGAPES FRANCOPHONES 2016

Agapes Francophones 2016 134 1 Joseph Delteil, Il était une fois Napoléon, dans Les Cinq Sens, suivi de Il était une fois Napoléon, Paris/Carcassonne, Rééd. Denoël/Collot, 1983, chapitre I, « Les dents longues », p. 166–169. Toutes les citations de la parabole delteillienne renvoient à ces pages. questionner la seconde. D’aller en somme de la parabole épique à l’interprétation parabolique de l’épopée. Entendue comme figuremacrostructurale, la parabole peut contribuer à l’expres- sion de telle ou telle vérité, l’espace d’une séquence. Certains épisodes de l’univers épique l’accueillent volontiers, tel le récit de rêve, accompagné de son interprétation. Mais la parabole ne se limite pas à ces espaces qui lui sont familiers. Ainsi peut-elle être insérée dans le texte par l’entremise de la voix du conteur qui, parfois, partage avec tel personnage dont il reprend, comme en écho, les propos, la responsabilité de la lecture tendue au lecteur. Les relations entre récit enchâssant et récit enchâssé permettent d’observer, outre la diversité des styles, qui n’est pas nécessairement très marquée dans la plupart des paraboles, les degrés d’implication du conteur. Ce der- nier interpelle le lecteur selon desmodalités qui empruntent au conte, au roman d’a- ventures et audiscours poétique oumoral. Les registres de langage semêlent, faisant passer le récit du sublime au familier et jouant sur les stéréotypes et formules figées. Ces caractéristiques ne constituent pas toutes un trait définitoire du genre de la pa- rabole et se déclinent d’ailleurs de manière variée. Néanmoins, elles conduisent à réfléchir à ce moment essentiel qu’est l’interprétation de la parabole : la diversité stylistique signale-t-elle ou accompagne-t-elle une pluralité des lectures possibles conforme à l’étagement des significations présent dans la parabole ? Ou, au con- traire, renforce-t-elle une unicité de la lecture qui serait programmée ? Quoi qu’il en soit, la figure associe, à plusieurs niveaux, diversité et unité. Unifiée dans sa présen- tation typographique détachée, elle peut donner lieu à une performance de la part du conteur. Présente dans un récit épique en partie historique, elle contribue à mythifier ou à légendariser la matière présente. Loin enfin de n’être habitée que par un esprit de sérieux, elle cultive également une volonté de distanciation qui ne ruine en rien l’importance qu’elle souhaite se voir accorder. Elle ne saurait être un purmo- ment de distraction. Dans le divertissement, se loge une volonté de signifier en mo- bilisant toute l’énergie du lecteur. Pourmettre en évidence cette déclinaison de la parabole dans le récit épique con- temporain, nous examinerons un exemple tiré de l’épopée napoléonienne Il était une fois Napoléon 1 de Joseph Delteil, publiée en 1929. Bien sûr c’est un cas singulier qui relève de la poétique d’un auteur, passionné par les figures historiques et my- thiques telles Jeanne d’Arc, François d’Assise, Henri IV, La Fayette ou même Don Juan. Mais c’est un cas particulièrement intéressant car il repose sur un personnage réel (Napoléon) et le traite par la fiction. Il mêle ainsi les deux types de preuves qu’Aristote distingue, à savoir les faits authentiques et avérés (historiques) et les faits inventés (à savoir la parabole et la fable). La parabole dont il s’agit survient dans le premier chapitre intitulé « Les dents longues » dès la deuxième page, après deux paragraphes consacrés à la présentation deNapoléon. Il s’agit donc d’une para- bole située en quasi-ouverture de l’épopée. Sa place dans l’œuvre est essentielle : elle détermine sa fonction (mais aussi la capacité qu’aura ou non le lecteur de la lire avec son cotexte), l’ampleur de la lecture qu’il faut en faire : la parabole porte-t-elle sur un moment précis du récit ou constitue-t-elle une introduction générale voire une clef pour la lecture de toute l’épopée ? De multiples questions se posent. Nous com-

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