AGAPES FRANCOPHONES 2016
Marie-Françoise LEMONNIER-DELPY De la parabole à la lecture parabolique dans le récit épique contemporain 135 2 « La parabole en tant que figure macrostructurale ne s’impose pas d’emblée à réception pour que le discours soit acceptable. Elle est composée de figures comme l’allégorie ou le sym- bole. Elle prend les traits d’ « un récit parlémis explicitement dans la bouche d’un personnage. Ce personnage, soit le héros d’une histoire racontée par d’autres (à la troisième personne) soit sujet de sa propre histoire (à la première personne) est présenté comme détenant une parole qui est la mesure même de l’autorité. Le récit est une mise en scène narrative par succession d’états, d’actions et de transformations dans des relations et des comportements, de faits et gestes la plupart du temps humains. », G. Molinié, Dictionnaire de rhétorique, Paris, Le Livre de poche, 1997. mencerons par présenter cette parabole en nous attachant à sa structure narrative et à son identité, laquelle n’est pas annoncée par un titre spécifiquemais àdécouvrir. Puis nous dégagerons sa signification. Enfin nous nous interrogerons sur son carac- tère oral, d’une polyphonie complexe qui contraste avec la simplicité habituelle de la parabole. Présentation de la parabole Cette parabole pourrait s’intituler « parabole de l’arc-en-ciel ». C’est la seule para- bole présente dans l’œuvre mais, après sa présentation dans le chapitre liminaire, elle est relayée de diverses manières dans les scènes de l’épopée et dans les discours du conteur épique. Elle a pour cœur un symbole et répond en tous points à la défi- nition 2 qu’en donne GeorgesMolinié dans son Dictionnaire de rhétorique . Elle s’in- sère dans un cadre narratif qui procède par emboîtements successifs et se développe en deux temps principaux. Le premier temps est celui de l’interrogation du narrateur sur le jeune Bonaparte : « Nous sommes en 1794, il a vingt-cinq ans. Que fait-il à Paris ? Que poursuit-il ? ». Cette question trouve immédiatement sa réponse, prise en charge par le personnage qui se remémore un souvenir : « Un jour, il s’en souvient, par les collines corses, il poursuit un arc-en-ciel ». S’ensuit la présentation de l’arc-en-ciel, tableau dressé à la fois par le narrateur et le personnage. S’y trouvent exposés la nature multiforme de l’arc-en-ciel et son multisymbolisme : « Il (l’arc-en-ciel) a les grâces de l’enfant et de l’ange, lesmystères aussi de la Fable et dumiracle.» Personnifié, déifié, mythi- fié, en une présentation syncrétique, il introduit plusieurs univers de références. Géographiquement, il est une figuration de l’Orient : « Toute l’Asie est dans ses doigts, tout l’Orient ». Il renvoie à deux référents culturels et spirituels principaux, par l’intertextualité antique et biblique, par la référence architecturale double : « Mais la puissance d’un pont romain, aussi. Géométrie d’irisations, plein-cintre de feu. » S’y ajoutent des référents littéraires tels que la fable et le conte. Dans ce pre- mier temps de la parabole, le conteur, grâce à de multiples équivalences, définit cet « anneau de rayons » qui « marque les fiançailles de la Matière et de l’Ether », symbole d’union généralisée, et de réalisation d’un idéal, d’un rêve : « Car qu’est-ce que l’arc-en-ciel, sinon le rêve fait chair, ou plutôt fait air ». C’est sur cette apothéose que se clôt la présentation de l’arc-en-ciel, préambule nécessaire à la mise en place de la parabole. Le deuxième temps se lit comme un épisode épique, celui de la poursuite de l’arc- en-ciel par le « petit Napoléon » : « Un jour donc, aux environs d’Ajaccio, un arc-en- ciel était né ». Nous est narrée la course-poursuite de l’arc-en-ciel par l’enfant. Au moment où celui-ci s’apprête à s’emparer de sa proie, « au sommet », l’arc-en-ciel lui échappe. L’enfant s’arrête « au bord de la paroi à pic » et laisse exploser sa rage
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