AGAPES FRANCOPHONES 2016

Agapes Francophones 2016 140 mineux et guerrier mais aussi à la performance verbale qui est celle du conteur lui-même : les Parthes font mine de fuir mais tirent des flèches vers l’arrière, par-dessus leur épaule ; de mê- me, celui qui décoche la flèche du Parthe lâche une phrase assassine aumoment où il s’éloigne, laissant son interlocuteur sans possibilité de répondre ! 10 La littérature européenne et le Moyen Âge latin, Paris, Coll. Agora, Presses Pocket, PUF, 1956, p.330 et suivantes. 11 Positions et propositions, Œuvres en prose, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1965, p.612. 12 « Le poème épique est un spectacle […] développe une situation, c’est-à-dire une espèce de site moral », La poésie est un Art, Positions et Propositions, Œuvres en prose, ibid., p.52. Claudel lie cette définition à une vision unitaire du texte épique « forte poussée vers un but à travers unmilieuprédisposé, qui laissederrièreelleun remuant sillagede spectacles, de figures en-ciel semble pousser à l’extrême le jeu de l’évocation. Enfin, par son rythme, no- tamment lorsqu’ellemime la course-poursuite qu’elle évoque, elle affirme son carac- tère poétique. Forte de son autorité et de sesmultiples ressources, saturée de signes, cette para- bole vient non seulement camper le personnage du héros mais aussi annoncer et condenser symboliquement son existence. Elle acquiert une large portée qui couvre l’épopée toute entière d’autant qu’elle est la seule parabole présente, qu’elle est pla- cée en ouverture de l’œuvre et qu’elle répond au titre générique de l’œuvre ( Il était une fois Napoléon appartient tant à l’univers du conte, de la légende qu’à celui de la parabole.) En outre, elle donne lieu, nous l’avons vu, à une interprétation globale qui excède très largement les limites de son propre discours et le moment où l’action se situe. Elle entre alors en résonance avec la dynamique de l’épopée elle-même. Vers une lecture parabolique ? Peut-on partir de ce phénomène de dilatation d’un texte pour interroger plus glo- balement le processus qui consisterait à faire de l’ensemble du récit épique une lec- ture parabolique ? Autrement dit, va-t-on lire un roman épique, si long soit-il, comme la métaphorisation d’un discours, termes par lesquels Paul Ricoeur définit la parabolisation ? L’épopée a souvent fait l’objet de telles lectures au risque de se voir parfois transformée en leçon de morale. Comme le rappelle Ernst Robert Cur- tius, on a donné d’Homère une lecture allégorique 10 notamment en voyant en ses épopées des sommes de connaissances. Aujourd’hui la réflexion sur le message pré- sent dans l’épopée, ce que Florence Goyet appelle « le travail épique », invite à se poser la question de la dynamique qui s’y exprime. Paul Claudel, pour sa part, voit l’épopée comme un genre unifié par la perception globale, totale et ordonnée qu’il impose une fois la lecture achevée : Le poème épique, ou le roman, est le récit d’un ensemble d’événements, reliés non seulement par les lois d’une causalité dynamique oumorale, mais par celles de l’équilibre et d’une parenté secrète, comme dans le tableau d’un peintre un certain bleu ne saurait se passer d’un certain jaune. Le tout d’un certain train marchant vers une certaine conclusion, de manière, lorsqu’au coup de gong du point final le récit devient contemporain de tous ses moments, à fournir à notre méditation une espèce de parabole immobile 11 . Plusieurs facteurs plaident en faveur d’une lecture parabolique de l’épopée telle que la définit Paul Claudel 12 . D’une part, des récits épiques des XX e et XXI e siècles,

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