AGAPES FRANCOPHONES 2016

Anca MURAR Paraboles fantastiques ou la révélation du mystère de l’être 155 6 Michel Viegnes, L’envoûtante étrangeté, Presses Universitaires de Grenoble, « Biblio- thèque de l'imaginaire », 2006. p. 29. 7 Marie-Louise von Franz, Les mythes de création, Processus créateurs et modèles de créa- tivité, version françaisedeFrancineSaint RenéTaillandier-Perrot, LaFontainedepierre, 2004 [1982], p. 288. 8 Étienne Perrot, La voie de la transformation, d’après C. G. Jung et l’Alchimie, 3 e édition revue et corrigée, Paris, La Fontaine de Pierre, 2000, p. 23. 9 FranzHellens, Le fantastique réel, Labor, «Poteaud'angle», collectiondirigéepar Jacques Carion et Paul Emond, 1991, p. 91. 10 Ibid., p. 110. Il ne s’agit pas pour eux d’être compris, mais d’être crus. Si leur charme opère, le lecteur change d’étoile. Il voit l’envers des choses, le côté ténébreux du soleil. (DF 10) Fondamentalement intimiste, le fantastique procède d’une « intuition spiritualiste » 6 pour entraîner celui qui a consenti à habiter sa « loge invisible » dans un che- minement initiatique aboutissant à une élévation vers ce qui à la fois éclaire et dé- passe l’être et qui finit par installer l’initié dans le monde de « l’Ultime Réalité ». La « parabole fantastique » du devenir de l’être s’apparente à un véritablemythe de cré- ation qui, loin de se limiter à décrire des événements extérieurs situés aux origines du temps, présentifie « un processus intérieur de réalisation de l’inconscient et d’ac- tualisation du Soi dans l’être humain » 7 et place l’individu en harmonie avec l’uni- vers primordial. Une fois l’hypothèse de cette nouvelle catégorie esthétique de la parabole fantas- tique formulée, nous réfléchirons sur les nouvelles voies qu’elle offre au devenir de l’être, puisque ces artères insolites qu’elle éclaire représentent autant de caractéris- tiques distinguant les créations fantastiques des paraboles évangéliques. Certes les sentiers du récit parabolique et fantastique sont différents, mais ils se fondent tous les deux sur la foi : tout en suspendant momentanément son incrédulité (selon la formule de Coleridge), le lecteur croit qu’une transformation essentielle est possible dans la trame de lamatière narrative, à travers l’intégration d’une altérité « sensible au cœur ». Et si nous osons avancer cette formule de « parabole fantastique », c’est dans l’intention de proposer une vision complète du devenir humain, car nous con- sidérons que les deux démarches spirituelles sont à la fois distinctes et complémen- taires et que le rêve, l’inconscient, l’imagination s’avèrent parfois des voies aussi riches que la raison. Nous essaieront ainsi de répondre à la question posée par Étienne Perrot dans La voie de la transformation : « La vie peut[-elle] être changée ? Le morne quotidien peut être illuminé d’un éclat qui lui confère un sens supérieur et transforme cette « vallée de larmes » en une terre de lumière, une terre des vivants ? » 8 Car loin de se borner à un art de raconter l’avènement d’un phénomène « étrange » censé semer la peur au cœur du lecteur, les « paraboles fantastiques » constituent une manière de « s’avancer plus loin et autrement » 9 dans l’exploration du secret du monde et de l’être. Toujours enraciné dans le réel et aspirant vers le sublime, le fantastique est ce Janus à double regard dont « l’un se jette au ciel, l’autre se précipite dans les profon- deurs terrestres ; obscurité et lumière, ici et là. » 10 Toute création de l’insolite se nourrit de cette « double réalité, spirituelle et matérielle : le silence originel et le tu-

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