AGAPES FRANCOPHONES 2016
Anca MURAR Paraboles fantastiques ou la révélation du mystère de l’être 157 13 Étienne Perrot, op. cit., p. 22. 14 Jean Désy, « Le nœud sacré. Essai sur la synchronicité », in Laval théologique et philoso- phique, vol. 52, n o 1, 1996, p. 187. 15 Voir Étienne Perrot, op. cit., p. 224. 16 Carl Gustav Jung, L’âme et le soi, Paris, Albin Michel, 1990, p. 81. 17 Marie-Louise von Franz, op. cit., p. 273. 18 Ésaïe 53 :10. 19 Lucian Blaga, L’Éon dogmatique, traduit du roumain par Jessie et Raoul Marin, Mariana et Georges Danesco, préface de Vintilă Horia, L’Âge d’Homme, 1988, p. 10. 20 Ibid. C’est que la parabole fantastique renferme également un appel à l’action, à la de- struction du périssable, afin de délivrer l’immuable. Il faut donc laisser pousser en soi le germe de la plante divine : « Le grain de blé doit pourrir pour donner du fruit. […] Dans l’univers intérieur la nature a horreur du vide. Accepter le tableau sans fard de sa misère est déjà une démarche créatrice : dès ce moment le désert s’apprête à refleurir. » 13 L’être a donc la liberté de se faire par soi-même : s’il abandonne sa couche matérielle, voire son enveloppe terrestre, c’est pour pouvoir accueillir le macrocosme et avoir accès à « une vision synchronique des choses et des êtres» 14 . L’espace de l’écriture devient le cadre d’une expérience existentielle qui situe le lec- teur au centre d’une mutation personnelle confinant à un changement définitif de statut. Car le sort auquel le fantastique nous convie désormais est celui du Phénix 15 : détruire l’éphémère pour le ressusciter immortel. Cettemétamorphose de l’être réa- lisée par et à travers l’épreuve de l’altérité s’apparente au concept jungien d’« indivi- duation », compris comme une transformation intérieure donnant naissance à l’homme total, à l’ Anthropos primordial dont la personnalité est « aussi vaste que le monde » 16 ou bien aux noces alchimiques préfigurant le « corps glorieux » 17 de l’être converti. Et, pour reprendre les paroles du prophète, l’initié, « après avoir été livré à la mort, […] verra une postérité et de longs jours, et l’œuvre de l’Éternel pros- pérera entre ses mains » 18 . Si ce devenir d’accomplissement s’accompagne encore d’une imperceptible inqui- étude métaphysique, celle-ci renferme aussi une gaieté indicible puisque la mysté- rieuse transmutation engendre un supplément d’être et édifie une réalité re-signifiée par unematuration intérieure qui débouche pourtant sur l’ambiguïté. Lemystère est là, mais il n’est jamais explicité : On pense bien que Saint Paul savait le nom de ce [Dieu Inconnu] et qu’il se dis- posait à le révéler aux Athéniens, mais ils ne voulurent pas l’entendre, persuadés que ce qui est secret doit demeurer secret. Au-delà des divinités qui se mani- festent et qui exigent un culte précis où l’intelligence alliée à la pitié fait mer- veille, ils concevaient l’existence d’un dieu caché, enveloppé de nuit, que rien ne définit, à qui nul temple, nul symbole ne convient. (DF 19) Fondé sur une pensée mythique, le fantastique s’offre comme un moyen particulier de connaissance que l’on peut rapprocher de la « connaissance luciférienne » théori- sée par Lucian Blaga selon laquelle « les révélation deviennent les signes d’un mys- tère dont l’essence reste toujours cachée » 19 et qui réclame, pour être accomplie, la « situation permanente dans le mystère » 20 . Né de l’inquiétude, le fantastique propose un remède à l’angoisse, il laisse entre- voir le scintillement du salut, reflète l’espoir à travers le voile du doute. Tout en s’é-
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