AGAPES FRANCOPHONES 2016

Roxana NOJA L’histoire du roi Bilboc en tant que clé interprétative de l’univers germanien 161 2 http://www.cnrtl.fr/ 3 Annexe 1. dans un plan supérieur, de sorte qu'il faut être averti et apporter de l'attention pour les saisir. 2 À l’instar de la parabole qui se veut réponse à une question par l’histoire qu’elle pré- sente, le conte du roi Bilboc c’est l’histoire qui témoigne l’effort de la protagoniste de trouver une réponse à la question – refrain du roman : « Qui suis-je ? ». Les asso- ciations qui se tissent entre l’univers de la parabole et celui vécu par le personnage clarifient le chaos identitaire de la protagoniste tout en étant sources de nouvelles interprétations possibles. D’abord, nous concentrerons notre attention sur lamanière dont l’écrivain choisit d’insérer l’histoire dans le texte ainsi que sur la motivation de son choix. Puis, nous verrons quelle perspective le conte du roi Bilboc ouvre sur la relation père-fille à l’intérieur d’une famille recomposée. Enfin, nous nous intéresserons à la manière dont le personnage principal est indirectement écrit à l’aide du conte du roi Bilboc, pour conclure sur le lien entre le récit-cadre et la structure de l’intégralité du roman. Aspects narratologiques Petites scènes capitales raconte en 49 chapitres la vie de Lili, une fille marquée par l’absence de sa mère qui l’a quittée à l’âge de onze mois, en passant par toutes les étapes de sa vie. De la petite enfance à lamaturité, la fille et plus tard la femme mûre ne peut pas échapper au drame causé par l’absence de sa mère et aux événements majeurs qui ont marqué son existence. Elle traverse une enfance tourmentée par l’invasion d’une famille recomposée que son père formera en épousant une femme ayant déjà quatre enfants issus des relations précédentes. Son drame est intensifié par son désir non-accompli de se distinguer du reste des enfants aux yeux de son père, mais aussi par la cohabitation avec sa belle-mère qui, même si elle ne peut pas être identifiable au type littéraire de la marâtre, n’a jamais pu remplir le vide creusé par l’absence de sa mère biologique. Ainsi, Lili se voit obligée de partager sa place d’enfant unique de la famille, de s’habituer à n’être qu’une petite partie d’une tribu nombreuse. Dans la première partie du roman, le septième chapitre, le lecteur retrouve une histoire qui attire son attention tout en l’invitant à découvrir sa signification en rela- tion avec l’intégralité de l’œuvre. Il s’agit du conte du roi Bilboc 3 que Jeanne-Joy, l’aînée de la famille, avait l’habitude de lire à ses sœurs cadettes. L’histoire émeut profondément Lili, la marque, et elle fait une association entre le roi qui boit ses larmes et son père Gabriel. Ainsi, maintes fois à travers le roman, la fille rebaptise son père, en le nommant son roi Bilboc, à l’aide de lamagie onirique de l’enfance qui veut donner du sens à ce qu’on ne comprend pas. « Parfois Jeanne-Joy lit un conte aux trois fillettes, d’une voix assourdie comme s’il s’agissait d’un secret qu’elle leur confierait. [...] L’un des contes émeut Lili plus que les autres». (SG 37) Nous observons dans ce debut de fragment la manière d’in- sérer le conte du roi Bilboc dans l’intégralité des Petites scènes capitales, le rapport entre les deux récits, enchâssé et enchâssant, etant un rapport d’étrangeté. Ayant à faire à deux niveaux narratifs différents, l’osmose entre les deux ne peut pas être to- tale. Quand le récit encadré concerne un conte de fées et qu’il a lieu dans un roman

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