AGAPES FRANCOPHONES 2016

Agapes Francophones 2016 162 4 Raymonde, Robert, L’insertion des contes merveilleux dans les récits cadre, format en ligne. Disponible sur feeries.revues.org (consulte le 28 février 2016). 5 Genette, Gérard, Figures III, Paris Seuil, 1972, p. 242. 6 Genette, Gérard, Figures III, Paris Seuil, 1972, p. 242. 7 Pleşu, Andrei, Parabolele lui Iisus, Bucureşti, Humanitas, 2015, p. 21. « réaliste », les deux univers diégétiques ne peuvent coïncider en aucun de leurs points 4 . Donc, d’un point de vue formel, l’histoire du roi Bilboc se trouve sur un plan narratif différent de celui du moment où l’aînée de la famille, Jeanne-Joy, lisait le conte à ses sœurs cadettes qui l’écoutaient bouche bée, fascinées par l’univers ma- gique décrit. Ainsi, Jeanne-Joy devient narrateur intradiégétique, personnage qui à son tour dit une histoire. Dans ce cas elle raconte une histoire à ses sœurs qui re- présentent des narrataires toujours intradiégétiques, puisque, comme Gerard Gen- nette l’affirme, le narrateur et le narrataire doivent se situer aumême niveau diégé- tique. Mais, si le récit-cadre se situe au niveau intradiégétique, l’histoire emboîtée dans le roman, celle du roi Bilboc, se trouve au niveau métadiégétique, c’est-à-dire qu’elle est mise en scène dans la narration principale. 5 D’après un de nombreux critères de classification, la manière d’insérer dans le roman le récit enchâssé, les récits-cadre sont partagés entre statiques et dynamiques. Représentatif pour la première catégorie est l’ Heptaméron, où la sessionde raconter des histoires se déroule pendant une réunion de groupe planifiée en avance. L’autre type fait référence au récit-cadre où le cercle d’auditeurs n’est plus constitué à des- sein, mais où le narrateur a été rencontré «par hasard». Même si Petites scènes ca- pitales est loin de suivre le modèle des grands étalons du récit-cadre comme le ro- man de Marguerite de Navarre, pour ce qui est de l’insertion du conte du roi Bilboc à l’intérieur du roman, nous avons à faire à un récit enchâssant statique. «Parfois Jeanne-Joy lit un conte au trois fillettes [...]. Elles l’écoutent sans faire de bruit, sans bouger, le visage tourné vers le halo de la courtine.» (SG 37–38) La lecture est deve- nue une habitude des filles unies à l’intérieur d’une famille recomposée. Les cadettes regardent avec l’admiration spécifique leur sœur aînée qui jouit de certains privi- lèges, comme la permission de lire jusqu’à une heure plus tardive et surtout l’accès à la lecture qu’elles n’avaient pas encore. Les sessions de lecture étaient un vrai plai- sir pour les petites, car elles sentaient le plaisir de recevoir le temps et l’attention de leur sœur aînée qu’elles admiraient tant. En plus, les petites querelles quotidiennes s’effacent dans l’univers fascinant du conte, les filles étant trop concentrées pour se souvenir des conflits qui les séparaient. L’insertion des contes et des paraboles à l’intérieur du roman pose la question de leur rôle pour la compréhension de l’intégralité du livre. Le premier type de relation entre la diégèse et la métadiégèse « confère à la deuxième une fonction explica- tive ». 6 Une des fonctions du récit encadré est la fonction explicative puisque le texte enchâssé dans la diégèse s’identifie à une clé interprétative qui ouvre l’accès à des niveaux de lecture supérieurs. Avec l’histoire du roi Bilboc, nous avons aussi à faire à la narration qui se substitue à l’argumentation 7 , visant à simplifier et à clarifier, une caractéristique spécifique aussi aux paraboles . Ce texte, introduit dans l’intégra- lité du roman, a le même fonctionnement que la parabole, essayant de remplacer la réponse par une histoire. Un exemple illustratif est certainement la Parabole dubon samaritain . « Et qui est mon prochain ? Jésus reprit la parole et dit : „Un homme des- cendait de Jérusalem à Jéricho” ». (Luc 10 : 29–30) Au lieu de donner une réponse

RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=