AGAPES FRANCOPHONES 2016
Agapes Francophones 2016 170 Heenen-Wolff, Susan, La souffrance des marâtres . Format en ligne, disponible sur http://www.yapaka.be/ (consulté le 29 février 2016). Lazartiguez, Alain, Beaux-parents, beaux-enfants, rien n’est simple !, format en ligne. Disponible sur http://www.yapaka.be/ (consulté le 26 février 2016). Raymonde, Robert, L’insertion des contes merveilleux dans les récits cadres, format en ligne. Disponible sur feeries.revues.org (consulté le 28 février 2016). Šrámek, Jiri, Pour une définitiondumetarécit, format en ligne. Disponible sur http://www. phil.muni.cz/plonedata/wurj/erb/volumes– 11–20/sramek90.pdf www.cntrl.fr www.thepedie.com Annexe 1 Parfois Jeanne-Joy lit un conte aux trois fillettes, d’une voix assourdie comme s’il s’agissait d’un secret qu’elle leur confierait. Elles l’écoutent sans faire de bruit, sans bouger, le visage tourné vers le halo de lumière. Alors, elles sont enfin au diapason, Lili et les jumelles, réunies dans une même écoute charmée, les mots tissent des fils qui les relient en légèreté, il n’y a plus de place pour les querelles, leur attention est requise ailleurs. Ce diapason est fragile, des le lendemain il se perd, mais il laisse des traces, comme des taches de couleur dans leur imagination, et il se rétablit à la sé- ance suivante. L’un des contes émeut Lili plus que les autres, il lui revient alors souvent à l’es- prit, à la façon de ces airs qui font discrètement irruption dans la tête et s’y fre- donnent avec insistance. C’est l’histoire d’un vieux roi nomme Bilboc, premier et dernier du Nom qui vit seul dans son palais en ruine planté au milieu de son ro- yaume désert, c’est-à-dire n’importe où, nulle part, et qui s’ennuie beaucoup. Alors, certains soirs, pour déjouer sa mélancolie, il va chercher sa théière en argent ciselé puis s’installe sur son trône. Il soulève le couvercle de la théière qu’il tient tout contre son visage, et il se raconte des histoires tantôt d’une tristesse poignante, tan- tôt d’une drôlerie désopilante, jusqu'à s’en faire pleurer. Il prend soin de ne perdre aucune des larmes qui coulent de ses yeux, chacune s’égoutte pile dans la théière. Quand celle-ci est remplie de ses sanglots brûlants de chagrin ou hilarité, Bilboc s’empresse d’y jeter une pincée de thé qu’il laisse longuement infuser. Puis il verse son thé légèrement salé dans une tasse en porcelaine cerclée d’or et le déguste à petites gorgées. La saveur de son breuvage varie selon la teneur en désolation ou en gaieté de ses pleurs. Bilboc Premier et Dernier duNomboit son thé aux larmes jusqu'à l’ultime goutte. Jusqu'à ce que son cœur soit recouvert d’une fine croûte de sel. Alors il se sent apai- sé, parce que épuisé et un brin enivré, il s’endort assis sur son trône, la tête penchée sur une épaule, les paupières gonflées de rêves liquides et la poitrine de soupirs que scandent de menus hoquets. (SG p. 37–38)
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