AGAPES FRANCOPHONES 2016

1 Quignard, Pascal, Le nom sur le bout de la langue, Paris, Gallimard, collection « Folio », 1995). Dorénavant désigné à l’aide du sigle NBL, suivi du numéro de la page. 171 Pascal Quignard – Le nom sur le bout de la langue ou l’enfer de l’oubli A NDREEA -M ARIA PREDA Académie Technique Militaire de Bucarest, Roumanie Résumé. Le nomsur le bout de la langue, essai en trois parties paru en 1993, constitue une réflexion sur la langue et sur les effets de son oubli temporaire. Le prétexte du livre est auto- biographique. L’écrivain se rappelle un repas d’enfance marqué par la stupeur de sa mère provoquée par unmot dont elle ne se souvient plus. L’objectif de cet article est de mettre en évidence la valeur parabolique du conte de fées par rapport aux deux autres parties du livre : le nomqu’on oublie est un enfer. Ànotre avis, l’histoire d’une promesse qu’une jeune femme semble ne plus pouvoir respecter à cause d’un mot qui lui fait défaut constitue le point fort de départ du commentaire philosophique de la dernière partie du livre. De cette manière, Petit Traité sur Méduse souligne les atouts narratologiques de la parabole. Abstract. Le nom sur le bout de la langue, a three-part essay published in 1993, is a reflec- tion on the language and the effects of its temporary oblivion. The book is based on an autobiographical pretext. Thewriter recalls ameal fromhis childhoodmarkedby the stupor of his mother caused by a word she did not remember. The homonym fairytale highlights in a parabolic manner the following truth: the name which we cannot recall turns into hell. It is the story of a young woman who can no longer keep her promise due to a word which she cannot remember. The third part of the book – Petit Traité sur Méduse – approaches from a philosophical perspective this weakness of the language, highlighting the narrato- logical strengths of the parable. Mots-clés : mémoire, souvenir, oubli, enfer, parabole, défaillance. Keywords: memory, remembrance, oblivion, hell, parable, failure. La langue fait défaut « Tous les noms se tiennent sur le bout de la langue » (Quignard 1995, 12–13) 1 , af- firme l’écrivain lauréat du Prix Goncourt en 2002, Pascal Quignard, au début de l’œuvre composite Le nom sur le bout de la langue, publiée en 1993. C’est l’hypo- thèse qui engendre le déploiement narratif du conte central et, enmême temps, c’est le prétexte de la réflexion philosophique qui s’ensuit. Encadré dans la catégorie du «petit traité », le livre est composé d’un préambule, Froid d’Islande, du conte épo- nyme Le nom sur le bout de la langue et de l’essai Petit traité sur Méduse . L’oubli d’un nomest le fil d’Ariane qui lie ces trois volets différents dans une création homo- gène de teneur autobiographique. Stupeurs, néants, courtes extases, défaillances de toute sorte s’inscrivent parmi les thèmes récurrents de la création de Pascal Quignard, écrivain qui a toujours développé des rapports problématiques avec le langage. Sombrer dans la défaillance peut prendre des formes variées, du lapsus au balbutiement, en passant par l’oubli du passé, le perdu et la mue de la voix. Parce que « la défaillance du langage c’est le seul moyen pour l’homme de renaître, de retrouver son origine » (NBL 80), chaque

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