AGAPES FRANCOPHONES 2016

Agapes Francophones 2016 172 2 « Parabole ». [En ligne]. URL :http://atilf.atilf.fr/dendien/scripts/tlfiv5/visusel.exe?11; s=4027520745;r=1;nat=;sol=0; (Page consultée le 10mars 2016). Dorénavant désigné à l’aide du nom du site, suivi de l’année. volet du livre propose des scénarios pour mettre en évidence comment un tel événe- ment se passe et des solutions afin de combler le lapsus, sorte d’oubli bénin qui touche fréquemment la communication humaine. Lamusique, le voyage initiatique et l’écriture peuvent couvrir le manque provisoire. Chaque solution est définitoire pour la manière de concevoir la défaillance et la possibilité de retrouver le perdu : si le personnage du conte choisit d’agir, de s’impliquer physiquement dans la re- cherche, l’artiste –musicien ou écrivain – choisit d’attendre, de faire le guet du mot perdu en se concentrant sur son art. Action, musique et écriture servent à renouer avec la langue en fournissant les instruments nécessaires pour franchir l’obstacle du mot qui s’entête à faire défaut. La lecture du Nom sur le bout de la langue met en évidence les atouts narratolo- giques du conte parabolique dans la réflexion sur la langue et sur les effets de l’oubli provisoire. Pourquoi et comment ?Voilà les questions auxquelles l’article se propose de répondre. Cette œuvre palimpseste qui oscille entre l’autobiographie et le conte philoso- phique, en mimant le langage poétique et musical dans un « dédale de genres » (Bessière 1999, 138) rappelle le développement d’une parabole : La parabole est [...] comme un composé de corps et d'âme. Le corps, c'est le récit lui-même dans son sens obvie et naturel, récit qui se tient par lui-même et ne renferme que des éléments appartenant aux réalités ordinaires. L'âme est une suite d'idées parallèles aux premières, se déroulant dans le même ordre, mais dans un plan supérieur, de sorte qu'il faut être averti et apporter de l'attention pour les saisir (TLFI 2016). 2 L’écrivain fait fondre dans son texte le concret et l’abstrait, le corps et l’âme de la ré- flexion sur la question de la langue qui fait défaut. Le conte qui en constitue le noyau a le rôle de captatio benevolentiae et explique le processus de récupération du nom perdu – forme minimale de la défaillance de la mémoire – par une quête effective, sur le terrain, ce qui inclut un trajet au-delà des frontières humaines, tandis que le préambule et l’essai abordent le même thème du point de vue métaphysique. L’aller-retour de l’enfer de l’oubli Froid d’Islande est le bref texte introductif qui expose les circonstances de la créa- tion du conte central. Cette première partie représente le journal de la réalisation d’un livret pour un spectacle commandé à une amie de Quignard par l’Ensemble in- strumental de Basse Normandie. Fiction et autobiographie y sontmêlées, vu les pré- occupations musicales de l’auteur lui-même, fondateur et président du prestigieux Festival international d’opéra et de théâtre baroques du château de Versailles. Dès le début, Quignard précise le thème de son conte de fées postmoderne et il en justifie le choix : « Je racontai le rudiment d’un conte dans lequel la défaillance du langage était la source de l’action. Ce motif me paraissait le destiner, mieux que toute autre légende, à la musique » (NBL 9). À l’avis de Quignard, même si les musiciens sont souvent touchés par des syncopes de la langue, ils réussissent à les dépasser grâce à l’art qui leur permet de retrouver le perdu par la sensibilisation de l’esprit. La créa-

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