AGAPES FRANCOPHONES 2016

Agapes Francophones 2016 190 Victor Hugo, La Fin de Satan Les sujets suggérés par des épisodes bibliques sont fréquents dans la poésie roman- tique, comme c’est le cas du jardin de Ghethsémani, source des textes de Victor Hugo ( La Fin de Satan, vaste poème inachevé, publié de façon posthume en 1886) et Gérard de Nerval ( Le Christ aux oliviers, 1844). C’est le style surtout qui rend ori- ginal chaque poème, en dehors de la vision de l’auteur. Par exemple, ce qui frappe d’emblée dans le discours poétique hugolien c’est la simplicité, la clarté de la forme, les vers à valeur de refrain, comme dans une incan- tation mystique. Même le titre La Fin de Satan offre une tonalité optimiste, en ac- cord avec la morale chrétienne qui promet la victoire du bien sur le mal, de Dieu sur Satan : « Ce qu’on perd sur la terre au ciel on le regagne». Christ est présenté d’une manière profondément humaine, avec toutes les fai- blesses, toutes les inquiétudes, mais aussi tous les espoirs, toute la sensibilité – «mur- murant tout bas: Que Dieu m’assiste!» D’ailleurs, la relation Christ-Dieu se dévoile souvent dans le textehugolien comme une liaisonnaturelle, complémentaire, utilisant une parabole biblique archiconnue («il est le vigneron, et moi je suis la vigne», né- cessaire pour sauver les humains: «Une serpe à la main, émonder mes rameaux, / Et, gardant les féconds, coupera les stériles.» Hugo met en relief aussi le côté divin de JésusChrist, tout comme le paradoxe de son statut («Je suismoins grandque lui,mais c’est lui qui m’envoie. / Quand je parle, c’est lui qui dit ce que je dis.») Le poète semble condenser dans ses vers toute la sagesse de la Bible, en la livrant sous sa forme la plus claire, de type exhortation, alors l’impératif du verbe devient très fréquent: «Aimez. N’enviez pas à d’autres leur pensée; / Il faut se contenter des lumières qu’on a»; ou bien: «Soyez doux. Aimez-vous toujours les uns les autres.» L’auteur amplifie la métaphore végétale, en associant la sagesse d’un homme avec le figuier et la douceur d’un autre avec le sycomore. Le Christ de Victor Hugo est un être supérieur qui a des prémonitions, qui ne fait qu’attendre l’accomplissement de la volonté de Dieu: Allons! celui qui doit me vendre est près d’ici. […] «Seigneur! S’il faut mourir pourtant, que la mort vienne! Que votre volonté soit faite, et non la mienne.» […] Je suis venu pour être abandonné. C’est bien. Il faut qu’on me rejette ainsi qu’un misérable. Christ est celui en qui l’homme tremble et résiste, comme Job, comme Judith. Il y a plusieursmots-clé: ténèbres, malheur. L’oxymore est employé, dans la pure esthé- tique romantique: «L’ombre est noire toujours même tombant des cygnes.» Les fi- gures de style sont nombreuses, comme les allitérations (« m achoires des m orts») Les figures symétriques sont également fréquentes: anaphore de la conjonction «et», ou de la locution «parce que», du substantif «malheur», du pronom «il», etc. Victor Hugo divise son texte en séquences suggestives: Commencement de l’an- goisse ; Christ voit ce qui arrivera ; Judas : La chose jugée ; La fidelité du meilleur ; Ecce homo ; La marche au supplice ; Ténèbres, etc. Le vaste poème est parsemé de sentences à valeur de proverbes: «Qui frappe avec le glaive est frappé par le glaive.» Les prémonitions sont claires: «Et tout doit s’accomplir ainsi qu’il est écrit.», «Ainsi soit-il!» La trahison est vue, pas à pas. Le peuple est désigné par des termes comme troupe (inf me), bande, flot (de curieux), foule, royaume, souvent ayant une connotation pejorative, donnée parfois par les épithètes.

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