AGAPES FRANCOPHONES 2016

Agapes Francophones 2016 204 11 Pascal Quignard, La leçon de musique, Paris, Gallimard, coll. Folio, 1987, p. 49. 12 Cf. Marek Halter, Le Kabbaliste de Prague, Paris, Robert Laffont, 2010, p. 64. 13 Emmanuel Lévinas, L’Au-delà du verset. Lectures et discours talmudique, Paris, Minuit, coll. Critique, 1982, p. 21. serrait entre ses bras une part d’elle en étreignant Missy. La première ligne de Adèle de Sénanges, paru à Londres, en 1793 : j’ay voulu seulement monter, dans la vie, ce qu’on n’y regarde pas. (Quignard 2002c, 138) Le désir de montrer ce qu’on ne voit pas et ce qu’on ne regarde pas tient toujours de l’école du regard, du fait que le passé est une lumière qui, si elle est bien orientée, peut mieux éclairer le présent que toute autre source de lumière contemporaine. Quignard illustre ceci avec l’expérience de Hannah Arendt : HannahArendt commença parméditer à partir des livres de saint Augustin. Elle écrit : Pour pouvoir attendre de l’avenir la vie heureuse, il faut déjà avoir fait l’expérience de cette vie avant tout objet. […] La possibilité du désir suppose l’existence du paradis. (Quignard 2002b, 92–93) La possibilité du désir liée à l’existence du paradis renvoie à une certaine grandeur qui a été donnée jadis par la flamme sacrée de l’Olympe, transmise des plus grands aux plus grands. Alexandre a pris pour modèle à suivre Achille, Jules César, Alexan- dre, et ainsi de suite. Le pouvoir de compréhension était de même une flamme et la connaissance ne prenait naissance tout simplement dans l’esprit humain ; elle était toujours re-naissance. La transmission de la sagesse d’une époque à l’autre, un cycle de re-naissances – voilà la sagesse, voila la référence àHannahArendt qui commen- ça à méditer à partir des livres de Saint Augustin. Le paysage paradisiaque varie parfois beaucoup d’une culture à l’autre. Le jardin paradisiaque exprime la nostalgie de l’innocence perdue, d’un monde libéré de la souillure du mal. La nostalgie du paradis perdu est cependant universelle. Elle exprime, selon Mircea Eliade, le désir de se trouver toujours et sans effort au cœur du monde, de la réalité, de la sacralité et, plus précisément, le désir de dépasser la condition humaine pour retrouver la condition divine, qui dans le récit biblique était celle d’Adam avant la chute. Cet état paradisiaque peut être retrouvé dans le cabinet de travail aussi et Quignard nous invite dans le passé lointain des Ming afin de goû- ter cette atmosphère : Je songe aux vieux lettrés chinois de l’époque des Ming lesquels, pour évoquer leur palais, leur gynécée, leurs parcs, les nommaient par pudeur leur « humble coquille d’escargot ». Le petit cabinet de travail était cette coquille. Cette co- quille, c’était le souvenir d’une branche de mûrier. Sous le mûrier, les escargots laissent des fragments de lumière. Le dessin que forment les restes de leur bave sur les feuilles rongées a la beauté des bijoux ou du filetage des violes pour peu qu’un rayon de soleil tout à coup les éclaire ou bien se porte sur leur flanc. 11 D’autre part, le jardin paradisiaque offre l’image d’une nature généreuse à la végé- tation éternellement fleurie, peuplée d’animaux paisibles, telle l’humble coquille d’escargot et dont le Coran livre les descriptions les plus détaillées. Il est possible de faire des rapprochements aussi avec laKabbale (Kabbalah, KBLH) qui en hébreu signifie l’idée et la vérité physique de l’Acceptation 12 . La Torah nous dit encore que c’est l’enseignement « de bouche à l’oreille » 13 car il se transmet par la sa-

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