AGAPES FRANCOPHONES 2016

Agapes Francophones 2016 206 15 Daniel Sibony, Lectures bibliques, op. cit., p. 262. 16 Salman Rushdie, La Séductrice de Florence, [Seducatoarea din Florenta], Iasi, Ed. Poli- rom, 2009, p. 61. des premiers temples qu’édifia, au néolithique, ce qui restait de culpabilité de la chasse ou d’effroi de la proie dans les hommes. […] Le paradis à Sumer était le pays des animaux où l’eau provenait directement du soleil. Le paradis est à la nature ce que le printemps est au temps. Comme le printemps de l’année fait revenir périodiquement l’âge d’or, le soleil, les plantes, les croîts et les petits, il existe une terre de la source des sources qu’on quitte à la nais- sance et – à la fin – qu’il faut retrouver. Le « jardin désespéré » n’est qu’un nom pour ce « reste de forêt » dans l’Etre. (Quignard 2005a, 187–188) Saint Jean de la Croix compare ce « jardin désespéré » et ce « reste de forêt » dans l’Être à la croyance qui a des reflets de l’argent, l’or étant la vérité 15 . Dans cette op- tique, les diverses traditions religieuses authentiques seraient des reflets différents de la même vérité, des reflets aussi précieux, tous. Mais de cette vérité on ne s’en rend pas compte, car tout un chacun vit et subit seulement une de ces traditions et regarde les autres de l’extérieur. Aussi, le « jardin désespéré » et ce « reste de forêt », comme le parc, le château, sont tellement envoûtants, qu’ils nous arrachent du quotidien ; ils permettent à croire à l’Éternité. Cette Éternité à laquelle on participe tous. Salman Rushdie disait dans un de ses romans : Sur la porte de la grandeMosquée de Vendredi on voit gravés les mots de Jésus : « Le monde est un pont. Passe-le, mais ne bâtis pas ta maison sur lui. Celui qui désire pour soi une heure, désire l’éternité. Le monde est une heure. Ce qui suit, est invisible. » 16 Un pareil discours parabolique fait appel à une certaine ambiguïté en installant l’incertitude, l’indécidable, comme principe d’interprétation de la véridiction du discours. Ouverture sur l’imaginaire, le fragment cité est aussi une problématisation du quotidien et de l’événementiel pour les ériger en interrogation et la responsabili- sation du lecteur. Tout comme le manteau d’Akbar, fait des étoffes du temps et de l’espace, le texte quignardien lorsqu’il présente des paradis, s’appuie sur des auteurs du XVII e siècle, mais pas seulement, ce XVII e si cher à l’auteur : En 1690 Huet composa un Traité de la situation du Paradis terrestre . En 1691 Bossuet écrivit de Versailles à Huet : J’arrivai ici samedi soir dès le len- demain, comme l’aube se levait, j’eus l’honneur de présenter au roi votre paradis terrestre. Il le reçut parfaitement. * Heidegger – Historia sacra patriarchum, 1667 – dit que le paradis terrestre était situé soit en Galilée sur les rives du Jourdain soit sur les bords de la Mer Morte. Plus le vieux théologien ajoute : Adam ayant été enterré sous le mont Calvaire, le paradis est situé là où Jésus a désiré connaître la mort. (Quignard 2005a, 268) Subtil passage du paradis terrestre au paradis les livres et des écrivains, des biblio- thèques ou des cabinets de lecture …Dans un labyrinthe de cabinets narratifs, l’au- teur cache une multitude d’histoires et de récits, de fragments et autant d’interpré- tations.

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