AGAPES FRANCOPHONES 2016

Agapes Francophones 2016 210 de mûrier figure comme image des ruines sous d’autres ruines….mais s’il y a des ruines, il y avait aussi des temples, des colonnes brillantes et aussi un autel…. Derrière chacun des six cents lieder que Franz Schubert composa, est entendu quelque chose d’un chant qui avait cours auparadis perdu. (Quignard 2002b, 274) De l’espace infiniment petit du jardin clos au grand large, la même idée se perpétue lorsqu’on parle de musique en tant que joie du jadis, associée au paradis : Ut sol : comme le soleil qui s’épanche, ainsi pensent les musiciens. Joie digne du soleil rayonnant. Joie naturelle mais joie qui date d’avant l’invention naturelle de la sexualité animale : joie du jadis. Joie solaire où la terre a puisé, où la vie a puisé. Joie expansive dont nous ne sommes que le reflet. Reflet d’un éclat qui tremble sous une épaisseur d’eau qui précède. Reflet abyssal, lointain, ancien, fragile, jamais linguistique, sinon muet. (Quignard 2002c, 20) La somme du Paradis devenu temps se trouve dans le petit fragment Noël des Para- disiaques et qui facilite le passe vers la liste des paradis, se basant sur un héritage culturel millénaire: Noël Le paradis a un nom dans le temps : Noël. L’éden se réduit à un arbre toujours vert. Ou au moins à la branche d’un arbre qui pique de partout. Ou à un fruit d’hiver gluant. Sapin, houx, gui. Des reflets de visages dans les boules de couleur. Animaux : dinde, chapon, sanglier. Crustacés : huîtres, langoustes, escargots. Sur la table : argent, vermeil, cristal. Un reste de grotte scelle le jadis avec un peu de paille et c’est la crèche. Guidés par une étoile errante dans le ciel les souverains sopranos se dirigent vers elle avec un chameau dans la main droite. (Quignard 2005a, 278) Conclusions L’anachorèse dans l’espace social comme laisser du blanc entre les fragments dans le livre. Laisser du secret entre les séquences. Ne pas terminer les phrases, les pensées, les liaisons, les amours. Surtout ne pas terminer les peurs. La vie ne termine rien par la mort. (Quignard 2005b, 205) « Laisser du secret entre les séquences…. » dit Quignard. Privilégier les références internes à l’œuvre mais aussi les allusions externes, ne pas terminer les phrases et les pensées sont autant de caractéristiques de cette écriture fragmentaire si envoû- tante. Une écriture qui se propose de malaxer les chefs-d’œuvre et où de source, le filet thématique devient fleuve, telles sont les caractéristiques de l’écriture de Qui- gnard. À travers les fragments, d’unmotif, d’un embryon de thème, Quignard s’em- pare, le tend, le détend, l’étend, le répète, le varie, le malaxe de cent manières diffé- rents. Il en tire un mouvement symphonique riche de drames, d’escalandres, d’at-

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