AGAPES FRANCOPHONES 2016
Mónika VARGA L’homme impliqué dans le Royaume de Dieu 217 4 Ce processus d’identification œuvre tendanciellement à une extension aux narrations des actes (ex. guérisons, libérations, divers prodiges) que le destinataire des messages christiques perçoit réellement accomplis par Jésus. L’extension peut être d’ailleurs opérée vers d’autres textes néo- et vétérotestamentaires. L’intériorisation de laParole divine favorise unprocessus d’identificationparticu- lier – la deuxième visée de la communication christique. Nous parvenons ainsi au niveau du vécu spirituel et mental des Paroles de Jésus. Cette portée expérimentale du spirituel s’exprime par un processus d’identification et de distanciation, par l’ac- complissement partiel ou en plénitude des images mentales « abstraites », refaçon- nées selon l’image spirituelle acquise. Il s’agit d’images mentales en toutes formes narratives. «L’intelligence spirituelle» épouse les métaphrandes miroirs avec les- quels sont désignés des « rôles » (attitudes, comportements) corrélés à des états de « santé spirituelle », « rôles » auxquels le destinataire s’identifie. En revanche, le destinataire se distancie des métaphrandes « étrangers », à savoir des « rôles » où le destinataire ne se reconnaît point 4 . Les métaphrandes «miroirs » et « étrangers » constituent tendanciellement des couples antithétiques. 2.2. Favorisation du processus d’identification aux rôles exprimés par des métaphrandes miroirs du message décodé Pour mieux saisir le processus d’identification et de différenciation, il est intri- guant de considérer deux exemples de paraboles. J’ai sélectionné, comme premier exemple, la péricope de Luc 4,16–24: Il [Jésus] se rendit à Nazareth, où il avait été élevé, et, selon sa coutume, il entra dans la synagogue le jour du sabbat. Il se leva pour faire la lecture, et on lui re- mit le livre du prophète Ésaïe. L’ayant déroulé, il trouva l’endroit où il était écrit: L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a oint pour annoncer une bonne nouvelle aux pauvres; Il m’a envoyé pour guérir ceux qui ont le cœur brisé, pour proclamer aux captifs la délivrance, et aux aveugles le recouvrement de la vue, pour renvoyer libres les opprimés, pour publier une année de grâce du Seigneur. Ensuite, il roula le livre, le remit au serviteur, et s’assit. Tous ceux qui se trou- vaient dans la synagogue avaient les regards fixés sur lui. Alors il commença à leur dire: Aujourd’hui cette parole de l’Écriture, que vous venez d’entendre, est accomplie. Et tous lui rendaient témoignage; ils étaient étonnés des paroles de grâce qui sortaient de sa bouche, et ils disaient: N’est-ce pas le fils de Joseph? Jésus leur dit: Sans doute vous m’appliquerez ce proverbe: Médecin, guéris-toi toi-même; et vous me direz: Fais ici, dans ta patrie, tout ce que nous avons ap- pris que tu as fait à Capernaüm. Mais, ajouta-t-il, je vous le dis en vérité, aucun prophète n’est bien reçu dans sa patrie. (Luc 4,16–24) Le logion cité présente une « correspondance » tacite entre Jésus et «tous ceux qui se trouvaient dans la synagogue» (4,20), en vue d’une attribution implicite de ‘ rôles ’ relatifs à l’ autorité et à la soumission spirituelles . Ce dialogue se déroule dans un contexte socioculturel dans lequel la notion de l’histoire du peuple juif est associée à la notion d’accomplissement des prophéties. Jésus s’identifie au rôle du Messie décrit en la prophétie d’Esaïe (61,1–2), en l’accomplissant, actualise par conséquent l’autorité et le pouvoir divins: «Aujourd’hui cette parole de l’Écriture, que vous venez d’entendre, est accomplie.»
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