AGAPES FRANCOPHONES 2016
Agapes Francophones 2016 238 1 Pour voir les images en couleur des armoiries royales, de la fleur de lis, de l’aigrette trifide, de l’iris des marais, etc., nos lecteurs sont priés de bien vouloir consulter le site https://fr. wikipedia.org/wiki/Fleur_de_lys ainsi que https://en.wikipedia.org/wiki/Fleur-de-lis. 2 Le lis (lys) blanc des jardins ou lis commun (Lilium candidum), dont la fleur à six pétales, était dite « fleur royale » ou « reine des fleurs » par les Pères de l’Église. Sa blancheur était as- sociée à l’innocence, à la pureté, à l’image de la ViergeMarie. «On le trouve chez Boehme ou chez Silesius comme symbole de la pureté céleste : Le fiancé de ton âme désire entrer ; fleuris : il ne vient pas que les lis ne fleurissent » (Chevalier, Gheerbrant 1982, 577). Dans la traditionbiblique, le lis est le symbole de l’élection : « Tel fut le privilège d’Israël parmi les nations, de la vierge Marie parmi les femmes d’Israël », écrivent Jean Chevalier, Alain Gheerbrant 1982, 578). 3 En Europe médiévale, il y avait une coutume, celle d’utiliser sur les blasons des grands seigneurs l’image de plantes ou d’animaux qui poussaient ou vivaient sur leurs domaines. Ces images étaient investies par la suite, de valeurs symboliques. Par exemple, sur les armoiries du prince Étienne III le Grand (1433–1504), voïvode de la Moldavie (province historique de la Roumanie actuelle), célèbre pour ses victoires contre les Turcs ottomans, figure la non moins célèbre « tête d’aurochs », puisque l’animal, par sa grandeur, suggère la force, l’énergie, la dé- termination. Le blason de la commune de Montreuil (appelée aussi Montreuil-sous-Bois), située dans le département de la Seine-Saint Denis, en région Île-de-France, a une forme d’é- cu : d’azur au chevron d’or, surmonté d’une fleur de lys (aigrette trifide) dorée et accompagnée de trois branches de pêcher, lesquelles font référence aux fameuses pêches de Montreuil qui avaient approvisionné les tables des souverains d’Europe jusqu’au début du XX e siècle. des armoiries royales de la France 1 . D’abord représentées sous forme de semé, c’est- à-dire sans nombre défini et disposées en quinconce, les fleurs de lis d’or sur champ d’azur sont réduites à trois, en 1376, par décision de Charles V, dit le Sage, qui entendait placer le Royaume sous la double invocation du Dieu providentiel et de la Sainte Trinité. Nous allons voir, dans ce qui suit, comment la fleur de couleur jaune de l’iris des marais (Iris pseudacorus) a inspiré la fleur de lis héraldique figurant constamment sur le blason des rois de France, surtout à partir du XII e siècle. Nous allons expliquer ensuite la relation entre la parabole biblique comprise dans l’Évangile selon Saint Matthieu, 6, 25–28) et le lis héraldique, devenu aigrette trifide. 1. De l’iris jaune des marais au lis héraldique. Première approche Il existe deux orthographes possibles pour le même nom : lis ou lys . La seconde or- thographe, peu utilisée jusqu’aux XVII e et XVIII e siècles, est devenue très courante depuis le XIX e siècle, surtout au sens héraldique 2 . Le terme de « fleur de lis » n’est apparu qu’au XII e siècle ; il s’agit de la fleur de couleur jaune de l’iris desmarais (Iris pseudacorus) qui aurait inspiré la fleur de lis (lys) héraldique, et non le lis (lys) blanc des jardins. Le lis héraldique ne ressemble que peu au lis des jardins, mais on lui associe des valeurs symboliques particulières. C’est unmeuble héraldique (comme lesmultiples croix, l’aigle et le lion) appelé aigrette trifide . Toutes sortes d’origines ont été don- nées à la fleur de lis héraldique . Par exemple, elle serait un symbole des Francs qui étaient originaires de Flandre où l’iris Faux-Acore ou iris jaune (Iris pesudacorus) poussait en abondance sur les rives de la Lys. Le seigneur d’Armentières en fit lemo- tif de son blason. Lors de l’annexion de son comté par le roi de France, celui-ci dé- cide de l’ajouter à son propre blason (Pastoureau 2009, 99–110). Ainsi serait née la « fleur de Lys », qui était en fait l’iris pseudacorus 3 . Mais ce fut Louis VII qui la fixa
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