AGAPES FRANCOPHONES 2016
Eugenia ARJOCA-IEREMIA Le pouvoir protéiforme de la parabole biblique : le symbolisme de la fleur de lis 243 9 Sous le règne de Charles V, dit le Sage (1338–1380, roi de France entre 1364–1380), le nombre de fleurs de lis meublant l’écu fut réduit à trois pour exprimer la Trinité. On allait distinguer désormais les armes de France anciennes et les armes de France modernes. (Autrand, 1994, 776). 10 Dans la religion chrétienne, tous les grands mythes solaires des païens furent repris pour le Christ, et l’association feu-soleil : fut constante . AuMoyen Âge le Christ est comparé au so- leil. Il est à la fois le soleil du salut et le soleil invaincu (Chevalier,& Gheerbrant, 1982, 891– 896). 11 Sur les vêtements du sacre de Jean II le Bon (1319–1364, à Londres ; roi entre 1350–1364), les deux cosmos matériel et spirituel coexistent. De fait, les vêtements du sacre français ont un décor identique aux armes (armoiries) du roi. 12 À partir du XII e apparaissent de nouveaux pigments, le bleu d’azur par exemple, dont la fabrication est très coûteuse. Le colorant naturel est extrait de l’outremer, pierre fine, gemme bleu d’azur, qui est un silicate naturel d’aluminium, de calcium, de sodium. De l’outremer on peut obtenir des colorants comme le bleu de cobalt, l’indigo, le bleu de Prusse (TLFi). 13 Voir : http://www.larousse.fr/encyclopédie/groupe-personnage/Capétiens/111617 , (consulté le 24 septembre 2016). sur les armoiries royales après 1376 réfèrent à la Sainte Trinité 9 ; finalement la cou- leur d’or revêt un symbolisme solaire, la royauté chrétienne étant souvent associée au symbolisme solaire. On reconnaît dans le roi la gloire et la victoire propres au soleil et à la lumière – symboles de la nature supérieure – qui triomphent chaque matin des ténèbres 10 . 3.2.2. Le manteau royal Avant Louis VII, à la suite des souverains carolingiens, les premiers rois capétiens imitaient la robe talaire bleue semée d’astres et de constellations du grand prêtre d’Israël. Mais, plus tard, le ciel cosmique a été changé en ciel des élus, ciel spirituel, et le manteau royal est devenu bleu semé de fleurs de lis d’or, reflet probable du sacre de Philippe II Auguste en 1179. Dans le monde spirituel, les Élus sont assimi- lables à des lys ; le lys n'est pas en lui-même un symbole marial, mais un signe de ressemblance avec le Christ . Le Cosmos du vêtement du roi ne doit plus être celui du monde matériel des astres, mais le monde spirituel des saints 11 . C’est sous le règne de Louis VII que la fleur de lis envahit peu à peu toute la symbolique royale. Dès lors, les rois de France portèrent tous les armes pleines de France : « d’azur se- mé de fleurs de lis », réduites à trois ultérieurement. Au début du règne des Capétiens, la chape de Saint Martin se colore en bleu 12 . Le bleu cosmique est associé au manteau des saints, peut-être par opposition à la cou- leur pourpre de la toge impériale. C’est aussi la couleur du manteau de la vierge. L’azur devient un symbole de grandeur spirituelle. Lors de la cérémonie du sacre du roi, celui-ci reçoit parmi les emblèmes de son autorité : la chape (le manteau) bleu d’azur à fleurs de lys, qui possède un caractère sacerdotal ; c’est le symbole de la lé- gitimité que confère l’Église au roi et réciproquement, la France capétienne, « fille aînée de l’Église », s’appuyant sur les évêques et le pape 13 . Conclusion Si la fleur de lis est bien le symbole de rois capétiens, elle ne leur est pas exclusive- ment réservée, loin de là. Dès la fin du XII e siècle, elle fut utilisée comme meuble héraldique dans toute l’Europe occidentale. Elle a été particulièrement utilisée dans
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