AGAPES FRANCOPHONES 2016

Agapes Francophones 2016 248 3 Voir Girard, 1989, art. « parabole ». 4 Trésor de la Langue Française Informatisé, http://atilf.atilf.fr/tlf.htm 5 Le Dictionnaire de rhétorique de G. Molinié (1993) est un des rares ouvrages à consacrer un long article à la parabole. Les autres dictionnaires de rhétorique contemporains éludent souvent la question, refusant une entrée au terme parabole (Gradus de Dupriez, 1984) ou ren- voyant à allégorie (Dictionnaire de poétique et de rhétorique de Henri Morier, 1961). 6 Sans entrer dans les détails, rappelons qu’Austin appelle visée (ou acte) perlocutoire l’effet que l’on obtient ou veut obtenir sur l’auditeur (par exemple obéissance, exécution d’un ordre), et force illocutoire l’intentionmanifestéepar l’actede langage (assertion, ordre, promesse,me- nace, etc.). C’est ce point qui fait qu’il est difficile de parler de parabole pour la publicité, car et proverbe 3 Mais elle ne s’est jamais cantonnée au seul discours religieux : une des plus anciennes est la parabole des membres et de l’estomac, reprenant une fable d’Ésope, utilisée par Menenius Agrippa lors de la sécession de la plèbe, épisode rap- porté par Tite-Live ( Histoire Romaine, II, 32–33) en ces termes : Le sénat décida d'envoyer Menenius Agrippa haranguer la plèbe: c'était un homme qui savait parler et il avait les faveurs de la plèbe dont il était issu. Au- torisé à entrer dans le camp, il se borna, dit-on, à raconter l'histoire suivante, dans le style heurté de ces temps éloignés. Autrefois le corps humain n'était pas encore solidaire comme aujourd'hui, mais chaque organe était autonome et avait son propre langage ; il y eut un jour une révolte générale : ils étaient tous furieux de travailler et de prendre de la peine pour l'estomac, tandis que l'estomac, bien tranquille au milieu du corps, n'avait qu'à profiter des plaisirs qu'ils lui procu- raient. Ils se mirent donc d'accord : la main ne porterait plus la nourriture à la bouche, la bouche refuserait de prendre ce qu'on lui donnerait, les dents de le mâcher. Le but de cette révolte était de mater l'estomac en l'affamant, mais les membres et le corps tout entier furent réduits dans le même temps à une fai- blesse extrême. Ils virent alors que l'estomac lui aussi jouait un rôle aussi, qu'il les entretenait comme eux-mêmes l'entretenaient, en renvoyant dans tout l'orga- nisme cette substance produite par la digestion, qui donne vie et vigueur, le sang, qui coule dans nos veines. Par cet apologue, en montrant comment l'émeute des parties du corps ressemblait à la révolte de la plèbe contre les patriciens, il les ramena à la raison. Les commentateurs ne s’y sont d’ailleurs jamais trompés : le TLFI 4 cite la définition donnée par Jean de Meung au XIII e siècle (« récit allégorique sous lequel se cache un enseignement ») ; au XVIII e siècle, le Père Bernard Lamy dans La Rhétorique ou l’Art de parler commente la parabole des membres et de l’estomac, en disant : (…) il n’y a point de meilleure manière pour instruire les peuples, que les para- boles ; elles instruisent en un mot de plusieurs choses qu’on ne pourrait autre- ment expliquer que par des discours ennuyeux et difficiles à comprendre. (403– 404) Choisissant de partir d’une définition rhétorique,mais qui intègre l’évolution séman- tique de la notion, jem’appuierai sur celle du Dictionnaire de rhétorique de Georges Molinié (1993) 5 . Pour la résumer, on peut dire que la parabole est un lieu, c’est-à- dire un développement logico-discursif stéréotypé, modélisable, comme la descrip- tion ou la définition ; quatre caractéristiques la désignent en effet comme lieu : sa sémiotique narrative, son enchâssement énonciatif, le signalement de sa significa- tion allégorique, et une double valeur pragmatique 6 , à savoir sa visée prescriptive

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