AGAPES FRANCOPHONES 2016

Claire STOLZ Contextes des paraboles 249 elle a avant tout une visée perlocutoire pour consommateur (le lecteur ou le (télé)spectateur), faire acheter, qui n’est pas forcément la même que pour son auditeur enchâssé. Voir J. Es- cande, 1987. 7 On retrouve les mêmes conclusions dans l’étude de Susan Suleiman (1983, p. 49), qui montre que toute parabole contient d’une part un destinateur et un destinataire et se structure d’autre part en trois niveaux : un niveau narratif (toute parabole raconte une histoire), un niveau interprétatif (toute parabole a une signification allégorique), un niveau pragmatique (toute parabole veut imposer aux auditeurs une « règle d’action »). 8 D’après Susan Suleiman (1983, p. 60), l’ensemble des paraboles reprend le contenu du Sermon sur lamontagne ou y renvoie. À tout lemoins, il y a un réseau cotextuel (la succession des trois paraboles de la miséricorde) et intertextuel. 9 Les trois paraboles sont liées et mises en parallèle par Jésus grâce à la conjonction ou bien qui ouvre la deuxième, et par l’évangéliste grâce à l’adverbe encore (« Il dit encore ») dans le discours enchâssant de la troisième. (perlocutoire) dans le contexte de ses auditeurs du récit enchâssant ainsi que, à un autre niveau, sa force illocutoire dans le contexte de réception des lecteurs. 7 En effet, elle se signale comme un récit, avec les codes de celui-ci, en particulier par une énonciation de récit et par sa structure narrative (une situation initiale, un événement perturbateur, des péripéties et une situation finale). En tant que lieu, elle est délimitée nettement par son statut de récit enchâssé dans le cadre d’un discours rapporté : le narrateur Tite-Live pour la parabole des membres et de l’estomac, ou l’évangéliste Luc pour la parabole du fils prodigue, rapportent les propos, qui deMe- nenius Agrippa, qui de Jésus, au discours direct ou indirect, avec un bornage très clair : 1. bornage à gauche en latin par « hoc narrasse », ou par les guillemets ouvrants dans la traduction de la parabole évangélique 2. bornage à droite réalisé par lesmarques de fin de discours rapporté : arrêt des infinitifs de discours indirect en latin, guillemets fermants qui marquent la fin du discours direct en français. Dans les deux cas, les personnages locuteurs sont investis d’une rare autorité (Menenius, dit Tite-Live, « savait parler et il avait les faveurs de la plèbe dont il était issu ») ; Jésus est évidemment le héros de tous les évangiles, et quand il parle en pa- rabole, il est toujours représenté entouré de ses auditeurs qui attendent sa parole. En ce qui concerne le signalement de sa signification allégorique, et partant, sa double valeur pragmatique, perlocutoire et illocutoire, dans la parabole livienne, la similarité entre la situation des membres et celle des plébéiens en sécession est soulignée ; tandis que, dans la parabole du fils prodigue, la similarité est formelle- ment plus implicite, mais assez transparente, le père de famille ne pouvant que représenter le Dieu le Père, grâce à l’intertextualité prégnante 8 . Mais souvent, la parabole n’explicite pas l’interprétation allégorique et/ou ses dimensions perlocutoires et illocutoires : le récit, obligatoire pour qu’il y ait para- bole, est assez téléologique pour induire les autres niveaux. Dans le cas de la para- bole du fils prodigue, le niveau interprétatif est à peu près assuré, comme nous l’a- vons vu, mais les dimensions perlocutoire et illocutoire restent implicites et sont rendues accessibles par l’intertexte ou plutôt par le cotexte constitué par les para- boles qui précèdent, « La brebis perdue » et « La drachme perdue », avec qui elle forme « Les trois paraboles de la miséricorde » (Luc, 15, 1–31) 9 , répondant au com- mentaire des Pharisiens et des scribes : « Cet homme, disaient-ils, fait bon accueil

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