AGAPES FRANCOPHONES 2016
Agapes Francophones 2016 250 10 Voir D. Maingueneau, 2004, p. 5–7. 11 D. Maingueneau, 2009, p. 68. 12 M. Bakhtine, 1984, p. 285. aux pécheurs et mange avec eux ! » Et la première parabole contient l’interpréta- tion : « il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent que pour quatre-vingt dix neuf justes, qui n’ont pas besoin de se repentir ». De cette inter- prétation se déduit la règle d’action, qui s’applique aussi à la parabole du fils pro- digue, qui est un appel à la repentance et à la conversion ouvrant les portes de lami- séricorde divine et du Royaume. Le cadre de l’analyse du discours L’analyse du discours s’attache à montrer l’interaction entre texte et contexte, entre histoire interne et histoire externe du texte, à la fois au moment de sa production, mais aussi aux moments de sa réception 10 . D’où l’importance majeure de deux grandes notions : d’une part, celle de scène d’énonciation (constituée par le type de discours englobant, politique, religieux, philosophique, littéraire, par le genre de discours, et par la scénographie, c’est-à-dire la mise en scène de la parole), d’autre part, celles d’ethos et de coénonciation qui posent la question de l’adhésion du ré- cepteur au discours. La parabole comme genre de discours Pour la scène d’énonciation, je commence par la question du genre de discours, car c’est en tant qu’appartenant à un genre qu’un texte est appréhendé en premier lieu et interprété par le lecteur . À la suite de Bakhtine, Dominique Maingueneau 11 souligne que (…) le genre de discours a une incidence décisive sur l’interprétation ; on ne peut pas, en effet, interpréter un énoncé si on ne sait pas à quel genre le rapporter : « entendant les paroles d’autrui, nous savons d’emblée, aux tous premiersmots, en pressentir le genre, […] 12 ». D. Maingueneau (2009) définit les genres de discours comme des « dispositifs de communication qui ne peuvent apparaître que si certaines conditions sociohisto- riques sont réunies » (68) ; ces dispositifs de communication se caractérisent par des dispositifs énonciatifs (situationd’énonciation), discursifs (écrit vs oral, organisation textuelle, etc.), et médiologiques (transmission orale, livre, radio, etc.). Dans ce cadre, que dire de la parabole ? Elle apparaît comme un genre clairement défini par son organisation textuelle de récit, par sonmedium largement représenté comme récit oralmédiatisé par le livre, par ses conditions d’énonciation, en tant que discours rapporté enchâssé dans un récit premier enchâssant. Elle est donc toujours intégrée dans un feuilleté énonciatif et dans un double pragmatique oratoire : elle a une visée perlocutoire évidente dans le cadre des acteurs du récit enchâssant — Menenius Agrippa veut obtenir la fin de la sécession de la plèbe, Jésus s’adresse d’abord à ses disciples ou à la foule qui l’écoute, et ses paraboles s’inscrivent en ré- ponse à une situation immédiate : la parabole du fils prodigue est là pour répondre aux murmures des Pharisiens : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs et mange avec eux ! ». Mais elle a aussi une force illocutoire à l’égard du lecteur, car elle est
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