AGAPES FRANCOPHONES 2016
Claire STOLZ Contextes des paraboles 251 13 Le terme signifiant parabole étant Gleichnis ; comparaison se dit Vergleich, (gleich signi- fiant semblable) similitude se dit Ähnlichkeit, métaphoreMetapher, analogie Analogie. Le la- tin, l’anglais et les langues romanes comme le français ont décalqué le grec parabolè. une injonction à la concordia chez Tite-Live, une promesse de rédemption pour les pécheurs repentis dans l’Evangile. Autre caractéristique de la parabole, c’est un genre qui affiche souvent son éti- quette générique : directement pour la parabole de la brebis égarée (« Il leur dit alors cette parabole ») ; plus indirectement pour la parabole de Menenius Agrippa, introduite par la formule « tempore quo », sorte d’équivalent de notre « il était une fois », formule qui coupe l’ancrage temporel et instaure une énonciation de récit. Il s’agit donc d’une étiquette formelle qui appelle à la venue d’une histoire ; mais aussi d’une étiquette interprétative, puisque ce récit est, par définition, donné comme non gratuit, mais devant être interprété par ses auditeurs (immédiats, ceux du récit enchâssant) par rapport à leur situation hic et nunc. De même, la parabole de la Loi de Kafka n’est jamais désignéemétatextuellement que par lemot histoire (Geschich- te 13 ). Il faut dire que, dans ce cas précis, la référence aux paraboles évangéliques est rendue d’autant plus claire que le diseur est un prêtre, qui apparaît selon des mo- dalités très énigmatiques, appelant à la recherche du sens. Parfoismême, l’étiquette de parabole est refusée au profit d’une autre étiquette générique : par exemple chez La Fontaine, dans « Le Bassa et le Marchand » ( Fables, VIII, 18), le Bassa (autre nom du Pacha), sur le point d’être trahi par un Grec qu’il protège, lui raconte ce que La Fontaine appelle un « apologue », mais qui répond en réalité aux caractéristiques de la parabole : récit enchâssé à visée perlocutoire dans le cadre du récit enchâssant, prononcé par un personnage à ethos d’autorité, et doté de force illocutoire (avertis- sement contre les marchands de promesses). Il y a aussi des passages célèbres de notre littérature, qui remplissent les conditions énonciatives pour être étiquetés comme paraboles, et pourtant dépourvus de ladite étiquette ; mais la similitude de certains acteurs de l’histoire avec l’allocutaire de l’énonciation enchâssante est sou- lignée, de sorte que celui-ci ne peut manquer d’y voir une leçon se rapportant direc- tement à son hic et nunc : ainsi dans la Nuit de mai de Musset, la Muse avec son statut d’autorité, en apostrophant le poète, donne clairement un statut de parabole à l’histoire du pélican en insistant sur la similitude entre le poète et le pélican : Poète, c’est ainsi que font les grands poètes. […] Mais les festins humains qu’ils servent à leurs fêtes Ressemblent la plupart à ceux des pélicans. D’autres textes sont génériquement plus ambigus : ainsi de la « Mort du Loup » de Vigny, qui utilise l’apostrophe rhétorique et la prosopopée pour établir le sens allé- gorique et la leçon de la scène de la mort stoïque du loup : – Ah ! je t'ai bien compris, sauvage voyageur, Et ton dernier regard m'est allé jusqu'au cœur ! Il disait : " Si tu peux, fais que ton âme arrive, À force de rester studieuse et pensive, Jusqu'à ce haut degré de stoïque fierté […] Cette fois, l’énonciation de l’histoire n’est pas enchâssée, mais prise en charge di- rectement par la voix du poète ; de ce fait, la signification de l’histoire, habituelle- ment indexée par le narrateur second (Jésus dans l’ Evangile, la Muse dans la Nuit
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