AGAPES FRANCOPHONES 2016

Claire STOLZ Contextes des paraboles 253 14 Pour cette triple dimension assez récemment théorisée, voir Dominique Maingueneau, « Retour critique sur l’ethos » et « Le recours à l’ethos dans l’analyse du discours littéraire ». Cette variété des scénographies s’explique, selon les mots de P. Charaudeau et D. Maingueneau (2002) parce que La scénographie est ainsi à la fois ce dont vient le discours et ce qu’engendre ce discours ; elle légitime un énoncé qui, en retour doit la légitimer, doit établir que cette scénographie dont vient la parole est précisément la scénographie requise pour raconter une histoire, dénoncer une injustice, présenter sa candidature à une élection, etc. (516–517) Ainsi on voit bien que la scénographie de la parabole deMenenius, comme celles des paraboles de Jésus, du prêtre de Kafka ou de Solal, sont complètement liées au con- texte de leur énonciation : c’est une situation concrète qui amène à dire ces para- boles et à les dire de cette façon, dans cette scénographie (« dans le style heurté de ces temps éloignés » devant la plèbe pour Menenius, devant un auditoire composite de « pécheurs » et de Pharisiens pour Jésus, en réponse au questionnement de K., et en se référant « aux écrits qui précèdent la Loi » pour le prêtre de Kafka, ou en se donnant en spectacle àAriane pour Solal) ;mais réciproquement, cette scénographie construit aussi le discours comme parabole, c’est-à-dire comme histoire allégorique à fonction perlocutoire et illocutoire. Ethos paratopique et coénonciation Dans la constitution de la situation d’énonciation, le caractère du locuteur, son ethos est tout à fait fondamental ; la situation d’autorité du diseur de parabole est nécessaire pour que la parabole soit perçue comme telle. Comment se construit cet ethos d’autorité ? Dans toutes les paraboles que nous observons, on voit que l’ethos prédiscursif joue un rôle important :Menenius Agrippa est choisi par les patriciens comme émis- saire auprès des plébéiens, nous dit Tite-Live, parce qu’ « il avait les faveurs de la plèbe dont il était issu ». Jésus est précédé par sa réputation, et attire les foules, etc. On voit aussi qu’un positionnement paratopique est en fait partagé par tous les diseurs de parabole, à commencer par Menenius Agrippa, ce personnage qui a la maîtrise de la rhétorique d’un patricien et la simplicité des origines d’un plébéien, la légende racontant même qu’il mourut dans un tel dénuement que le peuple lui paya ses funérailles. Solal est aussi constamment à la frontière de plusieursmondes, celui des riches et des pauvres, celui des grands de ce monde et celui du juif errant, etc. Inutile de relever la paratopie de la Muse de Musset, du poète et du Loup de Vigny, du prêtre de Kafka, et de Jésus, à la fois Dieu et homme, dans les Évangiles ! Tous ces personnages sont des « passeurs » et tirent de leur place frontalière l’accès à une autorité morale, philosophique ou religieuse, qui leur confère, aux yeux de leurs auditeurs, une certaine transcendance discursive. Malgré cette constante paratopique, on constate aussi que la mise en œuvre de l’ ethos du diseur de parabole varie selon le type de discours dans lequel elle s’in- scrit , allant d’un effacement énonciatif quasi-total dans le cas deMenenius Agrippa à un ethos dit et montré très puissant chez Solal. De plus, l’ethos se déploie selon trois dimensions 14 , catégorielle (selon le rôle dis- cursif du locuteur, ici la paratopie du diseur de parabole), expérientielle (exprimant

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