AGAPES FRANCOPHONES 2016

Claire STOLZ Contextes des paraboles 255 15 D. Maingueneau, (2014) p. 152. 16 Dominique Maingueneau, « Retour critique sur l’ethos », Revue Langage et Société, 2014/3, n°149, p. 32. de sont statut affiché d’homme d’église et de l’utilisation de l’impératif d’autorité), à la fin, ethos idéologique dit d’ignorance, d’agnosticisme au contraire : – Ne te méprends pas à mes paroles, répondit l’abbé. Je me contente d’exposer les diverses thèses en présence. N’attache pas trop d’importance aux gloses. L’É- criture est immuable et les gloses ne sont souvent que l’expression du désespoir que les glossateurs en éprouvent. Dans le cas que nous considérons, il y a même des commentateurs qui voudraient que ce fût le gardien qui eût été trompé. Quant à l’ethos de Jésus, on peut remarquer qu’il est presque entièrement constitué par un ethos prédiscursif idéologique. On constate l’effacement énonciatif de Jésus pour raconter une parabole, sauf éventuellement (pas toujours) à la fin de celle-ci, quand il en donne le sens (« En vérité, je vous le dis… ») ou énonce son refus de le faire (« Entende qui voudra… »), formules qui insistent en fait sur le caractère de Parole sacrée de la parabole c’est-à-dire coupée du profane, paratopique ; en effet, on peut sans doute dire que l’ethos du Christ s’épuise finalement dans sa paratopie, celle-ci produisant son ethos de représentant deDieu, d’amour, d’homme-Dieu etc., conditionnant donc son discours, et singulièrement la signification des paraboles et réciproquement situant les paraboles et leur enseignement dans le réseau qu’elles forment et dans l’intertextualité évangélique impliquant cet ethos paratopique, car Pour le christianisme, l’existence paratopique du Christ, à la fois homme et Dieu, vient attester que le règne de Dieu excède le monde terrestre et que les paroles tenues par Jésus participent à la fois du monde humain et du monde surhu- main. 15 Dans tous les cas, l’ethos, quel qu’il soit, sert de vecteur à des valeurs ; cet ensemble de représentations physico-socio-psychologiques du locuteur par les récepteurs, fait de ceux-ci des coénonciateurs ; en effet, pour que la parabole fonctionne pragma- tiquement (effet perlocutoire sur les auditeurs enchâssés et force illocutoire sur les lecteurs), les auditeurs, doivent faire confiance, accorder foi au locuteur de la para- bole (c’est en fait une forme de la preuve éthique aristotélicienne) ; ce faisant, ils adhèrent à la signification et aux valeurs qu’elle dégage ; c’est ce que Dominique Maingueneau a décrit à maintes reprises sous le nom d’incorporation des récep- teurs : – l’énonciation confère une corporalité au garant, elle lui donne corps; – le destinataire incorpore, assimile à travers l’énonciation un ensemble de schèmes qui correspondent à unemanière spécifique de se rapporter aumonde ; – ces deux premières incorporations permettent la constitution d’un corps, de la communauté imaginaire de ceux qui adhèrent au même discours. 16 La parabole, reposant sur une énonciation enchâssée, donne lieu à une représen- tation de ses auditeurs ; ceux-ci, réunis par le même intérêt pragmatique immédiat, forment un « corps », et de ce point de vue, la parabole des membres et de l’estomac prononcée parMenenius Agrippa devant la plèbe est emblématique dans le cadre du discours politique ; les paraboles évangéliques ontmême pour seul horizonde récep- tion la constitution de ce « corps, communauté imaginaire de ceux qui adhèrent au

RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=