AGAPES FRANCOPHONES 2016

Agapes Francophones 2016 256 17 Pour cette distinction à l’intérieur de l’auctorialité entre auteur compris comme respon- sable de l’écrit, et producteur de l’écrit, voir D.Maingueneau, Analyser les textes de communi- cation, Paris, Colin, 2012, chapitre 13, §2 « Le responsable du texte », et pour une analyse récente du concept d’auteur, DominiqueMaingueneau, « Auteur et image d’auteur en analyse du discours », Argumentation et Analyse du Discours [En ligne], 3 | 2009, mis en ligne le 15 octobre 2009, Consulté le 05 mars 2016. URL : http://aad.revues.org/660. même discours », l’adjectif imaginaire prenant alors tout son sens, car la commu- nauté visée ou constituée dépasse celle des auditeurs de l’histoire, et englobe les lecteurs et même l’ensemble de l’humanité. Dans les discours littéraires et philoso- phiques, l’auditeur, s’il est unique, se trouve chargé d’une signification générique : le poète auquel s’adresse la Muse, c’est Musset, mais c’est aussi tous les poètes, les questions de K. sont celles de tous les humains, Ariane représente toutes les femmes, voire tous les hommes, sensibles aux stéréotypes de l’amour passion. C’est ainsi, par ce phénomène d’incorporation, que la parabole prend sa valeur qui se veut univer- selle, et porte ses valeurs. Reste à interroger la question de l’articulation entre l’ethos du diseur de parabole et l’ethos du narrateur premier. Celui-ci se met systématiquement en sous-énoncia- tion par rapport au diseur de parabole, mais en tant que responsable de la scénogra- phie parabolique, il en partage clairement les valeurs, au point que dans les discours non religieux, le diseur de parabole peut être compris comme la représentation, l’ethosmontré du narrateur premier : Tite-Live fait porter ses convictions politiques par Menenius Agrippa, le narrateur cohénien est le premier à partager les indigna- tions de Solal, et le narrateur kafkaïen les non réponses angoissantes du prêtre, le fabuliste exprime sa pensée à travers le Bassa, le poète romantique porte le dolo- risme revendiqué par la Muse… En revanche, cette analyse est à nuancer pour les évangélistes, qui ne se présentent pas comme la source de la parabole et de sonmes- sage mais qui montrent qu’ils y adhèrent : car, à l’inverse des autres types de dis- cours, l’évangéliste transmet la parole sacrée. De ce fait, on a un fonctionnement dif- férent de l’auctorialité : si l’évangéliste est présenté comme le producteur du texte, c’est Dieuqui en est donné comme le responsable 17 ; au contraire, dans les paraboles en contexte profane, le narrateur premier est bien perçu comme le responsable de la parabole et de sonmessage, le diseur n’en étant que le producteur, la voix. Le fait, par exemple, queMenenius Agrippa ne fasse que reprendre la fable d’Ésope, marque bien les limites du statut auctorial du diseur de parabole profane. Le type de dis- cours, religieux ou profane, est de ce point de vue une véritable ligne de fracture entre les paraboles du Livre et les autres. Conclusion La parabole se reconnaît donc à une série de dispositifs liés à son contexte de pro- duction ; notamment la scénographie du discours parabolique et l’ethos central du diseur de parabole semblent bien varier en fonction du type de discours. Mais, si nous avons vu dans quel contexte le diseur de parabole peut servir à porter les va- leurs du narrateur premier ou réciproquement, il resterait à interroger la recon- textualisation des paraboles : en effet, récits assez courts et à signification allégo- rique, ils sont facilement mémorisés et deviennent des objets de choix pour la circu- lation des discours, soit sous forme d’allusion (ainsi quand on parle de « fils pro- digue »), soit sous forme de résumé-reformulation (comme le fait Bossuet dans Le

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