AGAPES FRANCOPHONES 2016
Estelle VARIOT La parabole, perspectives linguistiques et culturelles 267 11 Demême, aussi, les serviteurs du seigneur qui est choisi par Dieu pour recevoir son onction sont comme les fleurs. Ainsi, si le seigneur reçoit tous les mots dans son cœur, les bons (94 v ) comme les mauvais, jamais il n’adoucira son cœur de même que le rayon de miel de l’abeille ne serait pas doux si elle avait cueilli sa manne de toutes les fleurs, douces et amères. En effet, elle se protège des amères et prend les douces. C’est pourquoi son rayon demiel est doux. (tra- duit par E. Variot). Aşijderea şi domnul care este ales de Dumnezeu ca uns al său, aceluia-i sunt slugile ca şi forile. Astfel, dacă va primi domnul toate cuvintele în inima sa, şi pe cele bune, (94v) şi pe cele rele, niciodată nu i se va îndulci inima, precum şi fagurele albinei n-ar fi dulce, dacă ea ar fi strâns mană din toate florile, şi din cele dulci şi din cele amare, ce de cela amare se fereşte, iar de cele dulci ia, de aceea ei este dulce. (Neagoe Basarab, Învăţăturile lui Neagoe Basarab către fiul său Theodosie 1996, 381) 11 . Ces cinq fragments témoignent à nouveau de l’usage intensif du datif, de l’article génitif dans la formation du possessif postposé (uns al său), de la structuration pro- fondément latine du roumain et duprocessus de dérivation dans la langue roumaine d’éléments lexicaux influencés à l’origine par le slave ( nevrednici < ne + vrednic (vrednic < sl. vredinu ), du Bg./SCr. (sărac < siriku) dans le langage courant de l’époque, visant à faire de courts récits à portée parabolique. Les extraits de Dimitrie Cantemir, même s’ils sont moins nombreux à exemplifier directement le rôle de la parabole, n’en démontrent pas moins un cheminement convergent dans les idées qui marquent une forme de synthèse entre l’orient et l’oc- cident par la juxtaposition de la symbolique animalière sur celles d’événements quotidiens qui font intervenir des êtres humains. Ce faisant, ils mettent en avant aussi une évolution de la pensée et des modalités d’expression des faits bibliques dans la pensée des auteurs représentatifs roumains qui, au seizième siècle, sont da- vantage empreints du fait religieux et qui, par la suite, conservent cette pensée pa- rabolique en l’habillant d’un vêtement apte à exprimer ces idées de manière plus allégorique. Les quelques fragments choisis de l’œuvre de Neagoe Basarab dans la multitude de ceux qui font référence à la parabole expriment clairement la piété et la volonté du prince de se rapprocher de Dieu par la purification de l’âme et du corps, en sui- vant des préceptes qu’il s’efforce de transmettre à sa progéniture avant de quitter ce monde, conférant à ses Enseignements le rôle de testament spirituel. La dernière partie de notre intervention laisse entrevoir la pensée de deux auteurs de poids du XX e siècle dont la pensée laisse intervenir la comparaison, par le truche- ment des éléments naturels, ce qui permet d’établir un lien sémantique avec la para- bole par les références à la spiritualité et les scènes de la vie et de la mort. Ainsi, Lucian Blaga met en avant les astres ainsi que la faune pour exprimer le passage de l’être à une autre dimension, celle qui fait intervenir les « eaux d’en bas » et la « voûte » céleste, en le contant à la manière d’une légende ancrée dans les es- prits depuis la nuit des temps. În marea trecere/ Soarele-n zenit ţine cântarul zilei. / Cerul se dăruieşte apelor de jos. / Cu ochi cuminţi dobitoacele în trecere / îşi privesc fără de spaimă
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