AGAPES FRANCOPHONES 2016
Agapes Francophones 2016 268 12 En français : Le grand passage / Le soleil tient au zénith la balance du jour. / Le ciel se donne aux eaux d’en bas. / Des bêtes qui, passent, les yeux sages / regardent sans effroi leur ombre dans l’onde /Des feuillages lèvent leur voûtes profondes / sur une légende toute entière. Lucian Blaga, Le grand passage 2003, 48–49, édition bilingue). 13 En français : du ciel est descendu un chant de cygne / du ciel est descendu un chant de cygne. / Les vierges l’entendent, beautés marchant pieds nus / sur les bourgeons / Et partout moi et toi nous l’entendons. / Les moines ont enfermé leurs prières / dans les caves de la terre. Elles se sont tues mourant sous les verrous. » […] (Lucian Blaga, Le grand passage 2003, 68–69, édition bilingue). umbra în albii. / Frunzare se boltesc adânci / peste o-ntreagă poveste. (Lucian Blaga, Le grand passage 2003, 48–49) 12 Dans le second extrait choisi, LucianBlaga fait appel aumonde animal par le « chant du cygne » qui est associé dans notre spiritualité à la mort et y adjoint la prière et les vierges pour le passage des justes au ciel. Din cer a venit un cântec de lebădă/ Din cer a venit un cântec de lebădă. Îl aud fecioarele ce umblă cu frumuseţele desculţe/pestemuguri. Şi pretutindeni, îl aud eu şi tu. / Călugării şi-au închis rugăciunile / in pivniţele pământului. Toate-au încetat murind sub zăvor. […] (Lucian Blaga, Le grand passage 2003, 68–69) 13 D’un point de vue linguistique, si on compare ces deux fragments avec les exemples précédents, il apparaît de manière flagrante que la langue roumaine a conservé ses spécificités jusqu’à l’époque contemporaine (flexion, conjugaisons, structuration morphologique) et que les différents apports lexicaux d’origines diverses (orientales et occidentales) confirment la position centrale de l’aire roumaine. L’on observera toutefois que le bestiaire est constitué de mots d’origine latine ( albina < lat. alvina) mais souvent aussi empruntés (par exemple, lebada < sl. lebedi ). Lucian Blaga représente une certaine évolution du mode de pensée du domaine roumain, en lien avec l’évolution de la société qui est passé du statut de province et principauté de droit divin à royaume et république dans la période récente. Il est clair que ce passage s’est fait graduellement et sur une période longue. Pour autant, le choix de Lucian Blaga nous est apparu déterminant car il s’est particulièrement illustré en associant la pensée roumaine à ses racines profondes et au village natal, empreint de nombres de traditions et coutumes auxquelles chaque Roumain s’iden- tifie encore de nos jours, tout en gardant l’héritage des grands auteurs anciens clas- siques, tels qu’Eminescu, Alecsandri, oumodernes et contemporains ont joué le rôle de clef de voûte afin d’accompagner ce changement. Nous avons choisi de terminer par Jean d’Ormesson car il permet, à notre sens, d’établir la continuité retrouvée entre la dimension européenne occidentale et orien- tale, par les références aux origines judéo-chrétiennes, de l’humanité d’Adamet Ève, atteints par le péché, de la vie par l’apparition de la lumière et également du temps qui permet à tous de prendre conscience de leur réalité terrestre. Dans la crainte et le tremblement, les Juifs appelaient leur dieu Jéhovah, ou Jahvé, ou Elohim ou Adonaï. Il faisait sortir du néant le ciel et la terre, la lu- mière, les arbres, les animaux et, enfin, sous les noms d’Adam et Ève, l’homme et la femme. Les formules de la Genèse sont les paroles les plus célèbres de toute l’histoire des hommes : Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre… Il dit : que la lumière soit ! Et la lumière fut… Il appela la lumière jour et il appela les
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