AGAPES FRANCOPHONES 2016

Agapes Francophones 2016 28 Introduction / Vin et littérature Le Vin est un monde que la littérature pourrait nous ouvrir sous une perspective autre que les domaines qui en relèvent directement (l’œnologie enpremier lieu, mais aussi l’ampélographie, la vitiviniculture, l’art du sommelier, etc.). La littérature à son tour constitue un univers en soi, indépendant, autonome, fonctionnant selondes lois spécifiques, comme on le sait si bien ! En cela elle est très proche du Vin. Un autre élément qui justifie leur « parenté », c’est leurmodalité de communication, la trans- mission d’un contenu, la présence d’un récepteur, lamise enœuvre d’un imaginaire, d’un code, d’un langage, de plaisirs et de goûts, d’une esthétique, d’une stylistique. Comment ces deuxmondes se valorisent-ils réciproquement, comment la littérature nous découvre la complexité de ce repère civilisationnel, de cette merveille liquide, de cette boisson qui est différente de toutes les autres, qui en est beaucoup plus, car dans le raisin se rejoignent la terre (par ses nutriments) et le ciel (par le soleil qui l’a fait mûrir), le vin étant dévolu aux mortels comme aux immortels (les dieux), à la récupération, pour l’homme, de sa divine nature, lors de la célébration du Saint Sacrement et puis de l’Eucharistie – ce sont des questions auxquelles on va essayer de répondre et qui ont été à l’origine de cette présentation. D’autre part, on sait qu’il existe depuis longtemps une littérature du vin qui est loin d’être explorée dans toute sa richesse. S’il fallait venir avec quelques arguments, une simple énumération pourrait déjà suffire pour en offrir une image. (Elle viendra plus tard). Un type spécial de texte, ayant souvent trait à la parabole, est à trouver d’abord dans la Bible. C’est toujours ici que l’on parle de l’ivresse de Noé, la valorisation du vin étant complexe, voire parfois ambiguë. Ailleurs, on trouve des textes consacrés à la vigne et au vin depuis Homère, Virgile et Hésiode chantant les vins de Lesbos ou de Byblos. Dans l’espace arabo-musulman, on rappelle un Omar Ibn-Al-Farid, un Abou Nouvas, et plus tard le très connu poète Omar Khayyam, dont les quatrains rendent hommage audivin breuvage. LeMoyenÂge européen viendra avecRabelais évoquant les excès en vins et fêtes. Une partie plus consistante, plus dense aussi du point de vue symbolique dans la zone lyrique se constitue auXIX e siècle avec l’œuvre deBaudelaire, d’un Verlaine, période qui s’épanouira au XX e siècle avec les poèmes qu’Apollinaire et Rilke (parmi les plus connus) lui consacreront. D’importants philosophes prêtent au XIX e siècle une attention spéciale au sujet. On rappelle ici Heidegger avec son étude « À quoi bon les poètes » / in L’origine de l’œuvre d’art, Holderlin/ « Du pain et du vin », Kierkegaard/ Le Banquet. In vino veritas . Pour ce dernier, le vin est un garant de vérité, la vérité étant l’apologie du vin. Avec la mention de ce texte philosophique on approche de l’essence constitutive de la parabole, l’idée de transmettre, à travers un récit, une histoire, une vérité autre- ment perceptible et assimilable. Le vin facilite une forme spéciale de communication et de transmission d’une vérité dans la proximité d’une limite qui sépare et unit à la fois deux états différents, dominé, l’un par la raison et son contrôle, l’autre par la li- berté qui enlève toute censure dumoi, mais qui est unmoment inconsistant (comme durée). Entre les deux, à la frontière qui sépare le moi de son extériorité, le philo- sophe danois perçoit un abîme du sens ou la perception sur le propre moi change. Pour approcher de nos temps littéraires, on fera mention de l’œuvre de Charles- Ferdinand Ramuz et de celle de Maurice Chappaz, écrivains suisses romands ayant eu une relation particulière avec la vigne et qui – dans toute la littérature franco- phone – ont écrit les plus belles pages sur le vin, la vigne et le vigneron.

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