AGAPES FRANCOPHONES 2016

Liliana Cora FOŞALĂU Le monde littéraire du VIN: Paraboles et autres figures 29 1 Dans le chapitre « Vin et idylle », op. cit. p. 41. Vin et langage Entre le vin et le langage les liens sont anciens et connus, mais ce sujet mérite en tout lieu unmoment d’attention. Que l’on utilise ou non les guillemets en disant « le vin parle », le fait demeure tout aussi vrai. Dans les cuves, chais et caves, lors de l’é- tape de la fermentation, il y a un murmure du moût que les viticulteurs peuvent et savent joyeusement entendre. Dans les verres ou flûtes, on perçoit les bulles chuin- tantes du crémant ou la fine musique des champagnes. Dans le vocabulaire des spécialistes, on rencontre des formules telles : « vin bavard », « vin parlant », « ac- crocheur », « ouvert » ou « fermé » – ayant plus ou moins trait à la locution, à la qualité attribuée au vin de se dire, de se laisser approcher et comprendre ! N’ou- blions pas non plus ce que nos maîtres et ancêtres latins savaient si bien : In vino veritas ! Cette vérité présente dans le vin n’attend que son actualisation au moyen de la parole pour être validée. Le fort ancien dicton pourrait être considéré comme une sorte d’équivalent du populaire « Le vin délie les langues ». Car il est un lien social que l’on a su exploiter depuis des temps très éloignés, qu’il s’agisse de ren- contres amicales ou officielles, de la signature d’un document ou de l’occasion de sceller un pacte, une affaire. En revenant à ses valeurs livresques, on rappelle son rôle de « relais narratif » ou de déclencheur d’images que la littérature a bien su immortaliser ! Mais ce sont les poètes qui ont lemieux rendu compte de ces vertus ensorcelantes du vin ! Parce que la magie du vin comme vertu signifiante s’apparente – dans ses manières d’agir et effets – à la magie du Verbe, du haut langage . Souvent dans la poésie les métaphores du vin sont solidaires de transmutations, de puissances alchimiques. Lui-même résultat d’une métamorphose, expérience totale, paradis accessible à toutmortel, le vin acquiert dans la poésie des fonctions spéciales, haute- ment compensatoires et créătrices, comme on peut le voir chez Baudelaire, Apolli- naire, Rilke, Omar Khayyam ou Omar Ibn-Al-Farid, mais aussi chez des poètes rou- mains comme Tudor Arghezi, Vasile Voiculescu, Lucian Blaga, Ion Pillat, Nichita Stănescu, Ştefan Augustin Doinaş, etc. L’écrivain hongrois BélaHamvas, auteur d’une très belle Philosophie du Vin, fait mention dans ses classifications 1 d’un vin acoustique, un monophonique et d’un autre – symphonique, encore d’un vin baritonal, soulignant par ces qualificatifs à forte teinte sonore les hautes et spéciales vertus parlantes, musicales du vin. « Le vin signifie autant que le langage. Il le dépasse peut-être. Il contient déjà sa consécration : il est images, sentiments et sang », avait écrit Maurice Chappaz dans un de ses plus connus livres, Portrait des Valaisans en légende et en vérité, enmet- tant à l’honneur cette « sorcellerie évocatoire » qui en fait un langage plus subtile et plus complexe que celui dont nous nous servons habituellement. Les capacités locutoires du vin sont des vertus dont Colette avait à son tour parlé, mais en termes de traduction, dans ce sens juste de passage d’une modalité de communication à une autre : La vigne, le vin, sont de grands mystères. Seule, dans le règne végétal, la vigne nous rend intelligible ce qu’est la véritable saveur de la terre. Quelle fidélité dans la traduction ! Elle ressent, exprime par la grappe les secrets du sol. (La vigne. Le vin, in Prisons et Paradis )

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