AGAPES FRANCOPHONES 2016

Agapes Francophones 2016 30 Une même valorisation est à trouver chez l’auteur suisse déjà cité, Maurice Chappaz, dans son Chant des cépages romands, lorsqu’il évoque « […] ces donneurs de joie, ces traducteurs de terroir éloquents et subtils, apostoliques et vineux, les cépages exprimant le pays, produisant une goutte unique ». Un autre aspect important concerne le mystère dans les mots, le non-dit, le si- lence dont se couvrent les mots et figures du vin. Tudor Arghezi valorise dans le poème Inscripţie pe un pahar (Inscription sur un verre) un certain vin-palimpseste qui cache beaucoup plus qu’il ne laisse voir à un premier abord, cédant à son « interprète » le plaisir de la découverte des sens. Ce que l’on voit en surface n’est qu’un prétexte à interroger et à actualiser les profondeurs. Souvent pour déclencher les mécanismes de notre compréhension, la poésie du vin offre l’appui de l’image. Visuelle ou olfactive, l’image poétique nous installe dans une zone où le « vin dit » est supplanté par le « vin tu », où l’indicible du vin met en place une rhétorique et un imaginaire d’une qualité spéciale, qui appellent leurs interprètes. Vin en stylistique La stylistique nous facilite un pas en avant dans le parcours littéraire de la con- naissance du vin. Elle nous ouvre une nouvelle porte dans ce monde d’accès ap- paremment facile, en réalité beaucoup plus complexe. On parle d’une stylistique du vin, comme on parle de vins de style. Parler du vin suppose, dans la plupart des cas, faire appel à la stylistique et à ses procédés, même si, souvent, on le fait sans y pen- ser, tout naturellement. Si c’était à proposer une stylistique du discours sur le vin, on considère que quelques considérations seraient utiles. La haute fréquence des figuresn’étonne plus personne, mais peut inciter à un examen de leur saveur et subtilité inouïes dans di- verses situations. On profite duprétexte de la parabole pour une petite synthèse. Les figures microstructurales d’abord (selon la structuration que proposent Mazaleyrat et Molinié dans leur Vocabulaire de la Stylistique : la catachrèse, la comparaison, la métonymie, la synecdoque, la métaphore (qui, en cas de métaphore filée, permet de parler de macrostructure) sont très faciles à repérer et à interroger en vue d’une meilleure compréhension de ce monde et de ce mode langagier. Ensuite, dans la catégorie des figuresmacrostructurales on pourraitmentionner : la personnification (avant toute chose !), l’allégorie, la prosopopée et, ce qui nous intéresse de plus prés et qui fait l’objet de nos débats, la parabole. La catachrèse est la figure la plus récurrente dans les noms de vins (crus) et de vigne (cépages) et surtout dans le vocabulaire de la dégustation, où la robe, le nez et l’œil en constituent les exemples centraux. Il y en a qui préfèrent l’ignorer, au profit de la métaphore, tout en considérant qu’un simple manque dans l’usage des mots (définition succincte de la catachrèse) ne peut pas remplacer un emploi stylistique assumé et recherché. Cette figure inclut d’une certaine manière la métaphore ; elle se produit lorsque la langue montre son inhérente pénurie face à la richesse de la réalité, et qu’un domaine se voit obligé d’emprunter des termes à un autre, lorsque des similitudes apparaissent, que ce soit par effet de métaphore, comparaison, mé- tonymie ou synecdoque.

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