AGAPES FRANCOPHONES 2016

Liliana Cora FOŞALĂU Le monde littéraire du VIN: Paraboles et autres figures 31 Parler du vin en fin connaisseur Il y a tant de façons de parler du vin, mais celle qui a le plus attiré l’attention des curieux reste la modalité où homme et vin se rejoignent à l’intérieur des mêmes mots, expressions et figures. Dans Les Paradis artificiels, Baudelaire notait que « le vin est semblable à l’homme » en pensant à leurs exploits, vertus et défauts. Cette parenté / similarité revient maintes fois dans ses pages de prose poétique : « Le vin et l’homme me font l’effet de deux lutteurs amis sans cesse combattant, sans cesse réconciliés. Le vaincu embrasse toujours le vainqueur ». Les deux se réunissent encore dans la joie : « Rien n’égale la joie de l’homme qui boit, si ce n’est la joie du vin d’être bu ! » (ibidem). Les nombreux chercheurs, linguistes ou simples curieux qui se sont intéressés au vocabulaire du domaine ont vite constaté la quasi-présence du champ lexical de l’anthropomorphisme. Le vin est tout d’abord vif, vivant ! Il a une constitution, un corps : bouche, œil, nez, cuisse, chaire, jambe, jarret, voire larmes ; il présente un état de santé, peut tomber malade, souffrir de stress (hydrique) ; il a également un âge, étant jeune ou vieux, avec des potentiels différents de garde, et risque de de- venir sénile lorsqu’il vieillit trop (encore quelques ressemblances avec l’homme). Il s’agit pour le vin aussi d’élevage, de maturation, puis de vieillissement. Le vin a ses qualités physiques et psychiques ; il peut être fort, robuste, musclé, charpenté, large d’épaules, tranquille, fatigué, nerveux, séduisant, charmeur, flatteur, riant, vif, mais aussi acerbe, élégant, riche, etc. Le vin a du caractère, il est racé, honnête, franc, loyal. Il peut aussi être maigre, voire gringalet, louche ; risque d’être trahi (hélas !) lors du service ou selon les conditions de conservation, sans plus parler que, géné- ralement, le vin est aimé! La vigne a une identité (le cépage à la base), ses racines, pousse dans une terre qu’elle « traduit », dont elle parle la langue ; elle grandit, con- naît lamaturation, porte ses fruits, vieillit, peut tombermalade, doit être aimée, cul- tivée, elle apporte tant de joie ! Mortelle comme plant, immortelle comme espèce et dans sa substance, vouée à l’éternisation par tout ce que comporte le processus de transsubstantiation lors de la sainte liturgie. Et voici, selonmon approche, le plus fort argument stylistique en faveur de cette parenté : l’Humagne, ancien cépage valaisan (blanc et rouge sont également connus) réputé pour ses vertus fortifiantes (le vin blanc que l’on en tire étant administré en particulier aux accouchées). Et même si j’aime rappeler ce que tout le monde entend si bien dans ce nom : « l’Humagne, dont le nom est synonyme d’humain… » (selon les mots de Chappaz, dans son Chant des cépages romands ), on ne doit pas oublier la communauté de substance transmise par les mots des Évangiles : « Je suis la vigne, vous les sarments » (Jean 15 : 5). Autant dire le pur et sûr noyau d’une parabole ! Questions de parabole/s Selon une définition formelle des plus connues, la parabole est une figure macro- structurale de second niveau, une sorte de figure-synthèse qui met en œuvre plu- sieurs figures macrostructurales simples, en même temps que des figures micro- structurales, et se présente, dans la plupart des cas, sous la forme d’un récit parlé à caractère allégorique. Sonaspect récit allégorique est très important, accentuant sur les valeurs pragmatiques et symboliques de ce type de discours. La pragmatique essentielle de la parabole vise l’enseignement des auditeurs, apparemment par la

RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=