AGAPES FRANCOPHONES 2016
Agapes Francophones 2016 32 figuration concrète (son signifiant) du monde spirituel (son signifié). C’était, à la base, un comportement moral à suivre en vue du salut ou une vérité de foi. Comme l’affirmentMazaleyrat etMolinié, le discours de la parabole est « un acte qui consiste à dessiner ce qu’on pourrait appeler une sémiotique du religieux dans le mondain, ou une sémiotique mondaine du religieux » ( Vocabulaire de la Stylistique, 250). Mais nous irons plus loin, car à partir du religieux, la parabole a conquis les do- maines du poétique sur maints territoires de la littérature. Le poème d’Omar Ibn Al- Farid, Le Vin mystique, est l’illustration la plus brillante de ce premier passage. Par la suite, les poètes ont beaucoup élargi la sphère thématique de la parabole, comme on pourra le voir chez un Ştefan Augustin Doinaş, ou un Vasile Voiculescu, par exemple. Pour synthétiser : la parabole est un texte qui donne à réfléchir, qui demande à être expliqué, discuté, interprété, qui exige la mise en place d’une herméneutique, valorise un code, un système de communication, des contenus à fortes connotations et visées éthiques, morales, religieuses, esthétiques, etc. On verra dans ce qui suit quelques exemples de paraboles dans divers types de textes (selon, aussi, une diver- sité culturelle et chronologique et générique), ou, autrement dit, comment on a con- stitué un corpus. Nos références seront faites au texte religieux, à la poésie et à la prose (ou des auteurs de la francophonie suisse seront privilégies). Dans la religion Plusieurs exemples pourraient être invoqués, parmi les plus connus, qui de façon ou autre renvoient à la parabole, ou constituent eux-mêmes des paraboles. Ainsi la cé- lèbre « formule » Jésus la vigne (in Jean 15 : 1–5), où l’on saisit facilement la para- bole de la communauté de substance allant du Créateur à ses créatures, au genre hu- main dans son ensemble (et dans sa noble origine). Ensuite le texte portant sur Le sang de Jésus, dans Mathieu 26 : 27–29. On pourrait continuer par les Noces de Cana, ou un premier signe fut fait par Jésus, lorsqu’Il changea l’eau en vin. Ce sont, en grandes lignes, des paraboles de la toute-puissance de Dieu et de la communauté de substance, de l’Humanité ayant ses racines et son modèle dans le divin Créateur, mais aussi des paraboles pour nommer les vertus de l’homme (et l’infraction aux ver- tus – la nature corrompue de l’être, dans le fragment qui porte sur Les travailleurs de la vigne / Mathieu 21 : 33–46, Luc 20 : 9–19 et Marc 12 : 1–12). Pour ce qui est de l’approche parabolique du texte religieux, un repère central nous est fourni par l’ouvrage d’Andrei Pleşu, Parabolele lui Iisus. Adevărul ca po- veste [Les Paraboles de Jésus. La vérité comme histoire] , paru chez Humanitas, 2012. On ne va pas insister là-dessus, mais il est important de retenir que les para- boles les plus parlantes nous parviennent par la Bible, où la Vigne, le Vin, Jésus même, se disent à travers un discours spécial, moyennant une approche particulière de la vérité. C’est un texte qui invite à une herméneutique en accord avec ses prin- cipes de structuration et de transmission d’une vérité, à travers le récit d’un fait (allant du banal au surprenant). La parabole des travailleurs de la vigne est la seule de cette « série vigneronne » qui s’y trouve analysée. Elle valorise la métaphore agraire (les travailleurs de la vigne) sur l’ensemble du texte, tandis que la clausule (constituée d’une citation) met en évidence une métaphore architecturale, leçon de lecture herméneutique !
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