AGAPES FRANCOPHONES 2016
Liliana Cora FOŞALĂU Le monde littéraire du VIN: Paraboles et autres figures 35 – l’analogie En dégustation, pour nommer le ressenti du goût du vin dans sa qualité tactile, on parle de vin mousseux, velouté, de taffetas, soyeux, etc. – en référence au textile, bien évidemment. Les exemples en sont très nombreux, de quelque côté que l’on situe le goût, le champ sémantique du végétal étant richement illustré tant pour la bouche du vin, que pour le nez ou l’œil. Mais il ne faut pas ignorer non plus le minéral, l’empyreumatique (arômes évoquant une modification liée à la chaleur, à la torréfaction, le brûlé et le fumé, café, thé, cacao, tabac, etc.), ou la vénaison (bou- quet qui rappelle l’odeur du grand gibier). – L’équilibre du vin se faufile entre le corps et la rondeur, le velouté et la miné- ralité . (DOE) – Les montagny sont racés et séduisants, aux arômes de fougère et de noisette. (VDF) – Les moulins-à-vent (dérivé métonymique à partir du toponyme) sont des vins robustes et sombres, axés sur la cerise, développant avec l’age des aromes d’é- pices et de musc. (VDF) – la personnification (doublée d’analogie) – Suivre déjà le moût, l’enfant qui se débat dans les ovales de chêne. Il crépite, il danse, il écume. Quel gaillard ! Il est terrible, il est bourru, il est déchaîné. (Chappaz, CCR) – la comparaison – […] les soucis pour le vin, comme pour l’enfant, après les neuf mois, […], c’est même ensuite que tout commence ; alors il faut encore des soins et de l’amour, plus de soins et d’amour que jamais . (Ramuz, PP) – la métaphore – Qu’on m’apporte des luminaires ! / Qu’est-ce que des luminaires » / Ce sont des bouteilles de vin doré du Valais ! (Chappaz, PV) Une série de constructions sémantiques à part, d’ensorcelante euphonie, d’un haut niveau de figuralité peuvent être rencontrées dans la nomination des crus et des cé- pages. D’abord les noms de saints, qui parlent de notre culture du christianisme : Saint- Estèphe, Saint-Emilion, Saint-Amour, Saint-Véran/d, Saint-Hippolyte, Saint-Chri- stophe-des-Bardes, Saint-Georges, mais aussi Vin-de-l’Enfant-Jésus, Chateauneuf- du-Pape, Château-Pape-Clément, Patriarche –noms et toponymes charriant de très précieuses valeurs culturelles et identitaires d’une euphonie spéciale, musique presque mystique, « litanie des grappes » (comme disait Chappaz) qui laisse en- tendre non seulement l’amour du pays, mais aussi l’amour et la haute estime de ce produit qui unit la terre au ciel et les mortels à l’Éternel. Par la suite la haute fréquence des catachrèses, des allusions et personnifications, tant dans les noms de crus que dans ceux de cépages, voire pour la bouteille parfois : Cépages : altesse, mondeuse, folle blanche, négrette, roussane, pagadébit, césar ; Crus : amur, payen, côte – rôtie, trousseau, savagnin ; Noms de bouteille : fillette (demi-bouteille), négresse (b. de vin rouge),Marie- Jeanne (b. de 2,5 l. dans le bordelais), mignonnette (b. de 10 cl.), Nabuchodonosor (bouteille géante = 20 b ordinaires), etc. L’antiphrase peut être aussi remarquée dans l’appellation donnée au vin par les poilus lors de la Grande Guerre (« antidérapant »).
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