AGAPES FRANCOPHONES 2016

Agapes Francophones 2016 40 cache un enseignement »— selon une spécialisation du sens du latin classique : « si- militude, comparaison », emprunt lui-même au grec παραβολή, « comparaison ». À la fin du XII e siècle, les parables ( première forme du mot en français) sont les « sentences de Salomon », dans les Sermons de saint Bernard sur le Cantique des Cantiques, également appelés « proverbes ». Au cours du XIII e siècle, le terme de parabole connaît une extension sémantique, au-delà du sens strictement biblique, pour désigner, vers 1270, tout récit allégorique comprenant un enseignement moral implicite. Le substantif grec παραβολή signifie d’abord « rapprochement, comparaison », chez Platon ou encore Isocrate ; puis « rapport, ressemblance » ; d’où sa spécialisa- tion, en rhétorique, au sens de « parabole, discours allégorique », dans la Rhétorique d’Aristote, sur laquelle nous reviendrons. Il est un dérivé du verbe παραβάλλειν, qui signifie, littéralement, « jeter auprès de », «mettre à côté » d’où « comparer, mettre une chose en parallèle avec une autre ». Pensons ici à la figure géométrique de la pa- rabole qui présente une courbe « en miroir » de part et d’autre d’une ligne droite — qui était, bien sûr aussi, en grec et en latin, une acception, technique, de ce mot. Quant au substantif latin parabol ‘ qui devient parabola (Vulgate), il signifie également, comme terme de rhétorique : « comparaison, similitude », chez Sénèque et Quintilien. Il apparaît ensuite dans la langue de l’Église, avec le sens de « para- bole », et « proverbe », dans la Vulgate ; où il peut également signifier « parole » : par exemple, assumens parabolam signifie « reprenant son discours », Job 27, 1). Par la suite, rustica parabola désignera d’ailleurs la langue vulgaire. Ce substantif latin a été emprunté par de nombreuses langues européennes. Ainsi, le roumain, l’italien, l’espagnol et le portugais disent également parabola, l’anglais, parable et l’allemand Parabel. 1.2. Les mots parabole et parole Le sens de « parole » (« faculté de s’exprimer par le langage parlé ») pour para- bola est demeuré dans les langues romanes où, sauf en roumain, parabola a sup- planté verbum, grâce à la fréquence et à l’importance de son emploi dans la langue religieuse et aussi parce que verbum était spécialement employé pour traduire le grec λόγος, en latin chrétien. Le terme parabola, quant à lui, est devenu paraula, suivant l’évolution phoné- tique normale du mot (avec chute de b intervocalique), d’où le français parole (1080), doublet populaire de l’emprunt parabole . Les autres langues romanes offrent cette même évolution : italien, parola, occitan et catalan paraula, espagnol, palabra et portugais, palavra . Le roumain connaît, lui aussi, le terme palavre, mais il vient dunéo-grec via le turc et il a une connotation fortement péjorative, désignant le fait de parler pour ne rien dire, « le babillage » ou « le baratin », comme, d’ail- leurs, le français palabre, de l’espagnol palabra, qui signifie, au pluriel, une « dis- cussion interminable et oiseuse ». Depuis la fin du XI e siècle, le mot parole désigne, en particulier, l’expression de la pensée, de la volonté de Dieu, soit la Parole de Dieu, telle qu’elle est révélée par l’Écriture sainte et par la tradition.

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