AGAPES FRANCOPHONES 2016
Mireille RUPPLI Parabole : la parole détournée 41 1.3. Le mashal : L’origine énonciative hébraïque de la parabole 1.3.1. Raconter des « histoires » En hébreu, et dans l’Ancien Testament en particulier, le terme correspondant à ce que nous appelons parabole est le mashal, qui peut signifier « semblable » ou « être comme » et renvoie à la similitude ou à la comparaison, comme la parabole . Mais il peut également évoquer la parole d’autorité et signifier alors le jugement porté par un homme de pouvoir. La pensée populaire, rassemblant ces deux sens, nomme donc mashal tout enseignement, faisant autorité, fondé sur une compa- raison. Àpartir de ses réalités quotidiennes, le peuple d’Israël parle volontiers en mashal (paraboles) dans une expression concrète et imagée de la pensée ; de même, « la théologie forgée au fil des pages de la Bible est également concrète. […] Elle raconte des histoires, elle raconte une histoire et l’on comprendDieu, on comprendque cette histoire est habitée par la présence de Dieu. » (Gira 2014, 1). Jésus, lui aussi, fut un « conteur » d’histoires (Vouga 1998), qui fit grand usage de la parabole dans son en- seignement, du moins tel que nous le rapportent les évangiles, qui présentent pas moins d’une quarantaine de paraboles, sans compter une trentaine de similitudes brèves. Il emprunte le procédé de la parabole à la tradition juive, qui a codifié le genre « en stabilisant les métaphores qui notifient la relation entre Dieu et les humains (le roi et ses serviteurs, le patron et ses ouvriers) ou qui notifient Israël (la vigne) » (Marguerat 2008, 24). Mais dans l’usage rabbinique, les mashal étaient destinés à interpréter la Loi et à mettre la Torah à la portée de tous, alors que les paraboles « signifient le Règne de Dieu et les changements qu’il provoque. » (Ibid.) 1.3.2. Le mashal et ses diverses traductions Le terme hébreu -:I /I (mashal) signifie, le plus souvent, « proverbe, parabole ». Il désigne, tout particulièrement, le livre des Proverbes de Salomon. Mais il a des ac- ceptions très diverses : 1. Proverbe, aphorisme. 2. Sentence. 3. Similitude, parabole. 4. Poème. 5. Phrases de sagesse morale, maximesmorales, et ses traductions le sont tout autant : proverbe, oracle, sarcasme, sentence, forme sentencieuse, chant, dis- coursmoqueur, poème, plaidoyer ( projetbabel.org) . Ce terme, également traduit par parabole dans deux occurrences de l’Ancien Testament (livre d’Ézéchiel), est en particulier associé à l’énigme, dans l’une d’elles : « Fils de l’homme, propose une énigme, dis une parabole (mashal) à la maison d'Israël ! » (Ézéchiel 17 : 2) 1.4. La parabole néotestamentaire Dans le Nouveau Testament, si elle est moins diverse que le mashal, la parabole peut néanmoins revêtir différentes formes : être celle d’un proverbe, ou encore d’une simple comparaison, avant d’être ce récit qui a retenu essentiellement l’attention et les analyses des sémioticiens et des théologiens. Onpourrait ainsi considérer comme proverbe, cette séquence de deux paraboles, non présentées comme telle (sinon chez Luc : « Il leur dit encore une parabole ») : Personne ne coud une pièce d’étoffe neuve à un vieux vêtement ; sinon le mor- ceau neuf qu’on ajoute tire sur le vieux vêtement, et la déchirure est pire. Per- sonne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres ; sinon, le vin fera éclater les outres, et l’on perd à la fois le vin et les outres ; mais à vin nouveau, outres neuves. (Marc 2 : 21–22)
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