AGAPES FRANCOPHONES 2016
Agapes Francophones 2016 42 Ces paraboles, non explicitées ici, constituent des métaphores fonctionnant comme des énigmes, adressées par Jésus à une assemblée de disciples et de Pharisiens. Le procédé de comparaison, dans une séquence, là aussi, de deux paraboles, est particulièrement souligné par l’évangéliste Luc, qui les introduit par des questions : Il dit alors : « À quoi est comparable le Royaume de Dieu ? À quoi le comparerai- je ? Il est comparable à une graine de moutarde qu’un homme prend et plante dans son jardin. Elle pousse, elle devient un arbre, et les oiseaux du ciel font leurs nids dans ses branches. » Il dit encore : « À quoi comparerai-je le Royaume de Dieu ? Il est comparable à du levain qu’une femme prend et enfouit dans trois mesures de farine, si bien que toute la masse lève. » (Luc 13, 20–21) Matthieu (13, 31–33) quant à lui, annonce clairement les deux paraboles par une même assertion : « Il leur proposa/dit une autre parabole », et utilise, par deux fois, la même structure comparative (sur laquelle nous reviendrons) : Le Royaume des cieux est comparable à un grain de moutarde qu’un homme prend et sème dans son champ. […] Le Royaume des cieux est comparable à du levain qu’une femme prend et enfouit dans trois mesures de farine, si bien que toute la masse lève. La comparaison est réduite, puisque non motivée (le « motif » de la comparaison n’est pas précisé), seulementmarquée par la structure attributive et l’adjectif « com- parable à » (ou « semblable à » dans certaines traductions) et suivie d’une relative, qui initie tout un développement (cf. infra). La parabole sous forme de questions (avec mise en parallèle et comparaison) n’apparaît pas, en revanche, dans les classements généralement proposés. C’est le cas, par exemple, de la parabole de la Brebis égarée (chez Luc 15, 3–7 et Matthieu), où Jésus interpelle un auditoire divers pour lui demander son avis sur une situation hypothétique, avant de donner sa propre réponse : Quel est votre avis ? Si un homme a cent brebis et que l’une d’entre elles vienne à s’égarer, ne va-t-il pas laisser les quatre-vingt-dix-neuf autres dans la mon- tagne pour aller à la recherche de celle qui s’est égarée ? Et s’il parvient à la re- trouver, en vérité je vous le déclare, il en a plus de joie que des quatre-vingt-dix- neuf qui ne se sont pas égarées. Ainsi votre Père qui est aux cieux veut qu’aucun de ces petits ne se perde. (Matthieu 18, 12–14) Enfin, le récit-parabole (selon le terme que l’on doit à Louis Marin, 1971) désigne le prototype même de la parabole néotestamentaire, dont la structure est éminem- ment narrative — et qui a intéressé, en premier lieu, nombre de sémioticiens (en France, par exemple, le Groupe Entrevernes, 1977). Pensons à la parabole du Fils prodigue, à celle du Bon Samaritain, et surtout à ces deux paraboles qui ont retenu plus encore l’attention des linguistes : la parabole des Vignerons meurtriers et la parabole du Semeur. 1.5. Caractéristiques rhétoriques et narratives de la parabole 1.5.1. La Rhétorique d’Aristote Les considérations d’Aristote sur la parabole ( Rhétorique, Livre II, chapitre 20) s’insèrent dans un développement sur les moyens de la persuasion mis en œuvre dans tous les genres oratoires. Le philosophe intègre la parabole à la typologie des
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