AGAPES FRANCOPHONES 2016
Agapes Francophones 2016 44 la parabole, sonapplication historique ; il lui donne un de ses contextes (Entrevernes 1977, 175–177) : ceci au niveau de l’Évangile ; il est en effet un autre niveau, celui de tous les lecteurs de l’Évangile, en particulier la communauté chrétienne, en tout temps ou en tout autre lieu (cf. infra). 2. La parabole comme trope La parabole, du point de vue sémantique et énonciatif – la métaphore, en effet, sera ici envisagée non sur le plan « statique » dumot, mais dans la dynamique de la com- munication - invite à chercher un autre sens que le sens littéral proposé par le récit secondaire. En cela, il y a détournement de sens, passage d’un sens littéral – toujours présent cependant, sous forme de sens connoté (Kerbrat-Orrechioni 1977) – à un sens dit « figuré », c’est-à-dire que le sens connoté (en langue) devient le sens pre- mier dans l’image (la métaphore). Et c’est ici le trope qui nous intéressera dans la parabole, que l’on distinguera, tout d’abord, de l’allégorie. 2.1. Parabole et allégorie La parabole est certes apparentée à l’allégorie, pour Émile Littré (1863–72) par exemple, qui définit la parabole comme une « allégorie qui renferme quelque vérité importante ». « La parabole a deux parties, le corps et l'âme ; le corps est le récit de l'histoire qu'on a imaginée ; et l'âme, le sens moral ou mystique, caché sous les pa- roles ou récit. » Il poursuit : « Il y a entre ces deux mots, non une différence de signification, mais une différence d’emploi. Allégorie est le terme générique ; para- bole ne s’emploie guère qu’en parlant des allégories contenues dans les livres saints […] ». La parabole serait donc une sous-espèce de l’allégorie, nom générique de la figure. On peut aller plus loin, à la suite de Michel Le Guern (1987), et préciser quelques critères distinctifs pertinents entre parabole et allégorie. En premier lieu, il y a une « différence notable » (Le Guern 26) entre ces deux figures : « l’allégorie exclut l’emploi de mots-outils de comparaison, alors que la parabole l’admet : ‘Il en va du royaume des cieux comme d’un homme qui a semé le bon grain dans son champ…’ (Matthieu, 13, 24). »Une deuxième caractéristique formelle permet de les distinguer ainsi : la parabole est compatible « avec les marques formelles de l’hypotypose […] ‘Voici que le semeur est sorti pour semer.’ » Contrairement au récit allégorique, le récit parabolique fait « directement référence à la réalité. » Par ailleurs, parabole et allégorie n’ont pas le même rapport au vrai. Si l’une comme l’autre unissent un sens littéral et un sens figuré, « le sens littéral de l’allégorie ne relève pas de la catégorie de la véridiction, contrairement au sens littéral de la parabole. » Autrement dit, la parabole est d’abordune histoire vraie, « vraie par elle-même, indépendamment des vérités qu’elle sert à signifier » (Le Guern 30), de sorte qu’elle n’est pas réductible à son interprétation. Enfin, du point de vue de l’énonciateur, si l’allégorie permet de concrétiser l’abstrait, l’imagination servant ici l’intellect, la parabole dit bien au- delà : « elle sert à dire l’indicible ». Elle est donc, par sa fonction même, « absolu- ment irréductible à l’allégorie. » ( ibid. 31) L’interprétation allégorique des paraboles, et plus généralement de la Bible, a connu une longue tradition depuis les Pères de l’Église. Elle « consiste à donner à chaque élément d’un discours (indépendamment de son intégration dans une confi- guration linguistique particulière) un ou plusieurs sens profonds. »(Almeida 1987,
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