AGAPES FRANCOPHONES 2016
Mireille RUPPLI Parabole : la parole détournée 47 3. Parabole et communication Après cette vision dynamique de la parabole-métaphore, qui détourne le sens, se situe sur un autre plan, se démarque du contexte du récit primaire qui l’enchâsse et lui sert de cadre, nous reviendrons à présent sur le contexte énonciatif de la para- bole, comme acte de langage, et communication essentielle, de la parole, entre Jésus et ses auditeurs-interlocuteurs, amenés à s’ouvrir à cette autre réalité qu’évoquent les paraboles, à réfléchir au-delà de leur situation quotidienne, sinon à croire. Son « impertinence narrative » lui « confère sa dynamique et sa capacité à désorienter et à réorienter tout à la fois. » (Frey 2003) 3.1. « Parler en paraboles » : le contexte énonciatif Par de nombreuses paraboles, il leur annonçait la Parole, dans la mesure où ils étaient capables de l’entendre. Il ne leur parlait pas sans parabole, mais, en par- ticulier, il expliquait tout à ses disciples. (Marc, 4, 33–34) La parabole est un acte de langage, relevant, donc, d’abord, de la communication ; déviant le propos, elle voile en dévoilant : elle est communication « détournée ». Acte performatif à visée persuasive, elle ouvre sur un ailleurs de soi et du monde, et fait advenir ce qui n’est pas encore, par son énonciation même. Les paraboles, toujours énoncées par un même locuteur, Jésus, sont proposées dans des contextes divers : enseignement et prédication, bien sûr (dans le temple, à la synagogue, un jour de sabbat, après une guérison, etc.), conversation, échange avec d’autres (en particulier en réponse à une question), discussion. Les auditeurs-interlocuteurs sont également très variés. Ils peuvent être le peuple, la foule, mais aussi tel ou tel groupe social, comme les Pharisiens ou les Sadducéens (qui forment deux des quatre grands courants du judaïsme dans l’an- cienne Judée), les publicains (ou collecteurs d’impôts), les pécheurs ou les gens de mauvaise vie, ou encore les sacrificateurs, les scribes et les anciens formant un seul auditoire, dans la parabole des Vignerons meurtriers ; et d’abord, bien sûr, ses dis- ciples, dont tel ou tel est parfois nommé. On citera enfin une seule mention des femmes, précisément désignées par leur prénom, dans l’évangile de Luc (8, 1–3), mais ce sont des femmes perdues, ou presque, « qui avaient été guéries d’esprits mauvais et de maladies », est-il précisé : « Les Douze étaient avec lui, et aussi des femmes […] : Marie, dite deMagdala, dont étaient sortis sept démons, Jeanne, fem- me de Chouza, intendant d’Hérode, Suzanne et beaucoup d’autres qui les aidaient de leurs biens. » Enfin, les paraboles accomplissent des actes illocutoires, divers eux aussi, dans différents contextes énonciatifs : enseignement et prédication, discussion (dialogue avec un groupe), réponse à la question d’un disciple ou d’un auditeur quelconque, voire question interpellant l’auditoire ; mais aussi avertissement, argumentation pour persuader, dans des situations de conflit ; ou encore promesse ou annonce pro- phétique, de l’événement à venir (le Royaume de Dieu, la bonne nouvelle, le Fils de l’Homme). Il peut même s’établir, entre l’auditoire et Jésus, un jeu de questions- réponses, dans un sens comme dans l’autre, qui renforce le lien dialogique (et cela, tout particulièrement dans l’évangile de Luc). Le plus souvent, cependant, Jésus « dit » (« Alors il leur dit cette parabole ») ou « se met à parler en paraboles », et on l’écoute. Et, « si quelqu’un a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! »
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