AGAPES FRANCOPHONES 2016

Agapes Francophones 2016 48 La communication ci-dessus analysée se situe au niveau du texte et contexte bib- lique (récit primaire et récit enchâssé). Mais la parabole est aussi une communica- tionmédiatisée, transmise, dans et par l’écriture. C’est un deuxième niveau à ne pas oublier, bien sûr, la Bible fonctionnant comme tout écrit, et la parabole, un peu comme une scène de théâtre, avec double énonciation. Les évangiles — écrits dans les années 70–80, pour les trois comprenant des paraboles ; Jean est un peu plus tardif, environ 90—s’adressent, au-delà des premières communautés, à l’ensemble des lecteurs d’aujourd’hui, communauté chrétienne, ou autres, croyants ou non, et cela, après la mort et résurrection du Christ. Le fonctionnement des paraboles n’en est pas pour autant transformé, ni leur éventuelle portée, mais il implique alors, nécessairement, une transposition. Le chrétien doit se reconnaître comme destinataire (figuré) de ces paraboles, disant la « parole de Dieu ». Dès lors, « l’homme des paraboles, n'est-il pas véritablement « parabole de Dieu » ? Et « le Christ prédicateur devient […] peu à peu, le Christ prê- ché » (Gira 2014). 3.2. La parabole de la parole : « le Semeur » Parabole de la parole, le récit parabole du Semeur (ou des semailles) est unemise en abyme du « parler en parabole », dans les trois évangiles ; c’est une parabole sur l’énonciation elle-même (dont nous choisissons ici la version de Marc). 3.2.1. Introduction de la parabole et contexte d’énonciation De nouveau, Jésus se mit à enseigner au bord de la mer. Une foule se rassemble près de lui, si nombreuse qu’il monte s’asseoir dans une barque, sur la mer. Toute la foule était à terre face à la mer. Et il leur enseignait beaucoup de choses en paraboles. Il leur disait dans son enseignement (Marc 4 : 1–2) Les conditions d’énonciation du premier récit sont bien précisées ici : « la foule », « nombreuse », est restée au bord, « à terre, face à lamer », tandis que Jésus se tient « dans une barque, sur la mer », pour « enseigner » (situation énonciative mention- née avec insistance, par trois fois). De sorte que la foule regarde vers Jésus et lamer, cette forme d’infini, symbolique bien sûr, tandis que Jésus est tourné vers la terre, le monde des hommes, l’univers fini de leur vie comme de leur mémoire. 3.2.2. Le récit du semeur et des grains (1 ère partie de la parabole) Écoutez. Voici que le semeur est sorti pour semer. Or, comme il semait, du grain est tombé au bord du chemin ; les oiseaux sont venus et ont tout mangé. Il en est aussi tombé dans un endroit pierreux, où il n’y avait pas beaucoup de terre ; il a aussitôt levé parce qu’il n’avait pas de terre en profondeur ; quand le soleil est monté, il a été brûlé et, faute de racines, il a séché. Il en est aussi tombé dans les épines ; les épines ont monté, elles l’ont étouffé, et il n’a pas donné de fruit. D’autres grains sont tombés dans la bonne terre et, montant et se développant, ils donnaient du fruit, et ils ont rapporté trente pour un, soixante pour un, cent pour un. » Et Jésus disait : « Qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! » (Marc 4 : 3–9) Les éléments phatiques qui ouvrent le récit : « Écoutez », « voici que », mettent ici en évidence le dire lui-même, l’énonciation. In medias res, l’énonciation met « de-

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