AGAPES FRANCOPHONES 2016
Agapes Francophones 2016 56 jamin, « Thèses sur la philosophie de l'histoire », trad. Maurice de Gandillac, in Poésie et Révolution, Paris, Lettres Nouvelles, 1971. 3 Voir Paul Ricœur, « L’herméneutique biblique. Esquisse », in L’Herméneutique biblique, Paris, Éditions duCerf, 2000. Alain rapprochait également la parabole de lamétaphore. Voir Les Dieux suivi de Mythes et fables et Préliminaire à la mythologie, Paris, Gallimard « Tel », 1985. 4 Voir sur cette question l’excellent ouvrage de Brigitte Ferrato-Combe, Écrire en peintre. Claude Simon et la peinture, Grenoble, ELLUG Éditions, 1997. 5 Le tableau de Poussin, de format 119,1 × 182,9 cm, est conservé au Metropolitan Museum of Art de New York. Une très bonne reproduction est visible à l’adresse : https://upload. wikimedia.org/wikipedia/commons/b/b4/Orion_aveugle_cherchant_le_soleil.jpg. Consulté le 1 er septembre 2016 à 11h26. 6 La plus éminente reste le tableau peint en 1568 par Peter Brueghel l’Ancien (85 cm x 1,54 m) et conservé à Naples, au musée Capodimonte. Il en existe, accessoirement, une copie au Louvre, attribuée à Brueghel le Jeune. Mais Brueghel n’est pas le seul à avoir peint ce récit. par la modernité. Je prends donc la parabole pour le rapport dialectique qui l’anime entre obscurcissement et éclaircissement. Un peu, en réalité, pour son potentiel d’ unheimlich, sa puissance d’inquiètement. Qu’un récit rapide et intriguant, c’est-à- dire saisissant et fondamentalement non explicatif, donné en réponse à une inter- rogation fasse ferment et non clôture chez et pour celui à qui il est adressé, c’est un biais efficace de la liberté spéculative. Et c’est aussi l’une des raisons, sans doute, pour lesquelles Ricœur peut placer la parabole dans la zone d’attraction de la méta- phore 3 . Deux plans de réel a priori incompatibles entre eux se trouvent mis en ten- sion par un récit lapidaire, ce qui ouvre alors un espace de sens à investir ou défri- cher. Un clair-obscur du sens. Une image clair-obscure du sens. Car le propre de ce récit, c’est aussi d’être une image . D’en avoir la force de frappe, c’est-à-dire la puis- sance d’affect immédiate. Cette idée (paradoxale) d’un récit peint questionnant, je voudrais en suivre les méandres chez Claude Simon, chez qui, ce n’est pas un mystère, le rapprochement entre écriture et peinture est natif et permanent 4 , l’écri- ture louchant du côté du tableau parce qu’elle désire terriblement capter quelque chose de son pouvoir de simultanéité spatiale. La parabole simonienne qui m’intéresse est une parabole de la cécité. Mais elle se distingue de celle qui s’est un peu sédimentée dans notre culture, la parabole dite « des aveugles », que l’on trouve chez Luc, en 6:39 et chez Matthieu, en 15:14 : Luc : Et il leur disait aussi une parabole : Un aveugle peut-il guider un autre aveugle ? Ne tomberont-ils pas tous deux dans un trou ? Matthieu : Laissez-les ; ce sont des aveugles, conducteurs d’aveugles : et si un aveugle conduit un aveugle, ils tomberont tous deux dans une fosse. Contrairement à ce que font ces références évangéliques, Simon ne pose pas l’a- veugle comme une figure de fourvoiement radical. S’il n’en fait pas un éternel exclu de la connaissance de la vérité, il ne le pose pas non plus a contrario en figure de voyance transcendantale. À partir d’un avatar mythologique d’aveugle, le géant Orion, Simon interroge non seulement le statut de la perception et de la représen- tation, mais également les principes de la construction de l’espace, ainsi que la production romanesque et le rapport à la tradition. C’est ainsi un triple usage de la parabole que nous propose Simon, phénoménologique, poétique et esthétique. Chez Simon, tout part en réalité du tableau peint par Poussin en 1658 et intitulé Paysage avec Orion aveugle 5 . Cette peinture se distingue nettement de celles 6 , nom
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