AGAPES FRANCOPHONES 2016
Agapes Francophones 2016 66 1 Opinion publique de Folcoche, mère d’Hervé Bazin, après la lecture de Vipère au poing : information extraite d’une interview accordée à Marcel Jullian, consultée sur le site www.youtube.com, le 23 mars 2016, à 14h. « Certains disent qu’on écrit pour exister, pour survivre. Personnellement, je préfère le terme sartrien, d’écrire pour « alerter » ( L’Humanité 1993) Travailler et alerter, voilà les deux verbes qui trahissent l’esthétique bazinienne et qui supposent une acti- vité constante, méthodique et soignée afin d’aboutir à l’arche du mot thérapeutique. « Pour moi, la littérature est une forme de l’action. Son but est de changer quel- que chose au monde. » ( La revue de Paris 1969), déclarait Hervé Bazin. L’œuvre bazinienne semble, alors, ne pas être gratuite et, selon les paroles de l’écrivain lui- même, elle aurait pour but majeur de changer le monde, en commençant par le moi intérieur de celui qui trace les contours de sa vie sur une feuille de papier. L’encre qu’il emploie surgit d’un cœur brûlé par les flammes dupassé, d’une enfance difficile qui l’a poussé vers l’écriture romanesque d’inspiration autobiographique. De cette manière, surchargé d’une expérience personnelle néfaste, Hervé Bazin choisit de faire connaître le film de sa vie d’une manière artistique. Mais c’est un enjeu à double rôle, car son premier roman et chef-d’œuvre, Vipère au poing, le consacre, d’une part, dans le monde littéraire de l’époque et, de l’autre, guérit son âme de la haine contre sa mère. Dire que l’on ressent une hostilité contre la figure maternelle semble inhumain, ce qui conditionne la nécessité d’une approche biographique de l’écrivain paraît incontournable. Né en 1911 àAngers, Hervé Bazin jouit d’une enfance sereine auprès de sa grand-mère paternelle et de ses deux frères. Il grandit avec le bonheur d’avoir eu la chance de connaître la douceur de la vie angevine, mais la mort de sa grand- mère oblige les parents du petit Jean, partis en Chine, à rentrer pour se charger de leur éducation. C’est ici que le drame commence, parce que la mère ne réussit pas à former un lien durable avec ses fils, fil qui aurait pu maintenir la paix dans la nou- velle famille, au milieu de laquelle se sont retrouvés les enfants : la mère est trop cruelle avec eux et leur inflige des punitions sévères, de sorte que l’adolescence est devenue une étape presque absente de la vie de Jean. Une enfance âpre au sein d’une famille trop autoritaire, une adolescence rebelle et une jeunesse inaccomplie tracent le contour de la personnalité de l’artiste. Tous ces événements seront transposés en art et, à ses 37 ans, « ce raté finit par réussir » 1 . Hervé Bazin réussit sa vie en tant qu’écrivain, mais il commence à guérir comme être humain : il le fait, tout d’abord, grâce à son style sobre qui séduit le plus grand nombre de lecteurs mais, en plus de cela, il réussit car il finit par libérer son âme de l’hostilité envers sa mère. Il n’est pas surprenant alors que cette haine, déjà extério- risée, polisse le style de l’écrivain, que les romans baziniens deviennent de plus en plus poétiques et l’écriture plus filtrée, plus fine, plus pure. Entamée avec le plus grand soin possible, l’écriture bazinienne vise la production de la catharsis puisque l’écrivain transforme son émotion en écriture, dans le but de se libérer de son amer- tume. Les souvenirs deviennent sujet de roman et ce dernier, une œuvre d’art. La deuxième partie de cette brève recherche, qui porte sur la relation d’Hervé Bazin avec la divinité, concerne le lien fragile de l’écrivain avec la providence et son incrédulité face à l’union à Dieu, aumysticisme et au péché. Le point de départ con- stitue son refus de l’autorité et la révolte contre toute croyancematernelle, pour con- tinuer avec les confessions que l’écrivain a faites dans diverses interviews et arriver,
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