AGAPES FRANCOPHONES 2016
Bianca-Livia BARTOŞ Hervé Bazin – un faux recours à la parabole 67 finalement, à la troisième partie de cette recherche qui repose sur l’étude de l’œuvre entamée par Hervé Bazin, écriture qui reflète son caractère non athée, mais scep- tique face à la religion. Les conséquences de l’expérience d’enfance entraînent une attitude ultérieure face à la vie : la révolte, le refus de l’autorité, l’instabilité ou l’emploi desmécanismes de défense dans l’œuvre bazinienne. Tout d’abord, en ce qui concerne la révolte, le jeune Jean s’en est muni dès qu’il s’est vu obligé de respecter les contraintes impo- sées par la famille : suite aux oppressions qu’il a dû subir, Bazin se défend, première- ment, par sa pensée contraire face à toute décision prise par sa maman. Albert Camus notait que toute révolte naît de l’injustice et l’enfance de l’écrivain pourrait, en ce sens, excuser les futures rebellions : les enfants étaient obligés de se tenir cor- rectement à la table, ils ont été très vite dépourvus d’économies personnelles et con- damnés à oublier les grasses matinées en faveur des heures matinales avec un pro- gramme prédéfini, ou bien forcés à dormir dans une chambre sans chauffage pen- dant l’hiver et contraints à respecter la confession publique. Finalement, Hervé Bazin adopte une position de révolte face à toutes ces exigences de la famille car il l’affir- mera plus tard : « J’ai pris le contrepied de leurs idées, de leur foi. » ( La Croix, 1982) Arrivé à l’âge qui lui permettait de quitter la maison familiale pour n’importe quelle raison, il le fait sans aucune hésitation : inscrit dans un internat, le jeune Bazin se fait renvoyer pour indiscipline : c’est déjà lemoment du refoulement contre la religion car il ose piétiner un chapelet, ce qui prouve son tempérament réfractaire face à toute contrainte imposée, attitude qui ne pouvait que déranger les règlements des institutions d’enseignement. Dans les tragédies de l’Antiquité, la relation mère-fils renvoie à celle du Dieu- Père avec sa création. Dans la pensée du petit Jean, la relation mère-fils devrait emprunter la grâce divine, mais il est choqué lors de l’arrivée de ses parents à la maison. Dieu est bonté et comme père de toute l’humanité, Il est l’image de la bien- veillance et de la douceur : « Si Dieu existe, ce n’est pas inquiétant, il ne peut être qu’amour », constateHervé Bazin lors d’une interviewaccordée pour LaCroix mais, quelques années auparavant, il s’exprimait avec lamême conviction dans son roman Un feu dévore un autre feu : « Si Dieu existait, il ne pouvait être que justice. » (Hervé Bazin 1978, p.11) Cette attitude suggère déjà unmanque de certitude concer- nant la présence de Dieu. Cependant, elle renvoie aussi à l’idée de cri intérieur à destination d’une possible divinité face à laquelle il est prosterné et au souhait de la preuve finale de son existence. Vu les événements qui ont marqué le devenir artistique de l’écrivain, la position d’Hervé Bazin concernant ce sujet n’est pas étonnante : déçu par cette mère frivole et impuissant devant sa méchanceté, il étend le fil de cette liaison à celui de la divi- nité. Il s’en défend avec sa manière d’agir et ses paroles contraires mais l’acharne- ment vis-à-vis de cette thématique de la famille dans ses écritures prouve un manque, un vide à combler dans son cœur. Hervé Bazin part à la recherche du bon- heur et fonde une famille, un foyer. Il devient une notoriété du siècle précédent mais tout cela ne lui rendpas le couronnement de sa vie intérieure. Pourrie et laissant une mauvaise odeur pour l’éternité, la relation avec sa mère a troublé son rapport avec le sacré. Dans le même ordre d’idées, poussé par le désir d’agir contre les idées de ses pa- rents, toute cette méfiance commence par des contradictions dans la pensée de l’éc- rivain : dans lamême interview accordée au journal LaCroix, il reconnaît l’existence
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