AGAPES FRANCOPHONES 2016

Agapes Francophones 2016 68 de la divinité : « Pour moi, ce monde s’explique difficilement sans Dieu », mais aff- irme qu’il n’est pas certain de sa présence : Dieu ? Y a-t-il un Dieu derrière le monde ? Dans le monde ? Je ne répondrai ja- mais non » ou « Ce n’est pas l’exigence qui compte pour moi, c’est d’arriver à croire que Dieu existe » et dans le même article : « Je ne suis pas sûr d’une vie après la mort […] Ce serait un très beau cadeau de la part de Dieu… S’il existe. ( La Croix, 1982) L’auteur proclame qu’il se trouve dans une permanente quête d’une réponse qui lui donne la conviction de l’existence de Dieu, sans craindre l’exigence de l’Évangile, mais se considère gêné par le dogme (« Je suis gêné par le dogme »). Malheureusement, il ne guérit jamais ses doutes contre l’Église et cela à cause de plusieurs raisons : tout d’abord, il se voit humilié face à son impuissance de com- prendre la divinité : « Si la religion chrétienne était aussi simple que l’islam. "Dieu est Dieu. Mohammed est son prophète", c’est tout ce qu’on doit croire. Religion sans mystère, qui ne gêne pas ma rationalité. » ( La Croix, 1982) La raison, gênée par le mystère de l’Église, ne vaincra jamais la peur de l’incertitude. Empêché par l’esprit de révolte contre la foi de ses parents, l’écrivain est le résultat d’unmanque de moti- vation pour rejoindre la vérité cachée dans la Bible, tel que le disait l’apôtre Jean : « Vous sondez les Ecritures, parce que vous pensez avoir en elles la vie éternelle : ce sont elles qui rendent témoignage de moi. Et vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie. » (Jean, 5, 39–40). UndeuxièmeThomas l’incrédule, mais considérable- ment plus écarté de la bonne foi, Hervé Bazin est incrédule devant lemépris de Dieu face aux pêcheurs, face à son ubiquité ; méfiant en ce qui concerne le sujet du sacri- fice de Jésus, l’écrivain se déclare impuissant face au processus de compréhension des actes divins : Voilà une des choses qui me choquent dans la religion, les sacrifices ! Le sacrifice d’Isaac, un Dieu imaginant une telle horreur. Et, surtout, le sacrifice de Jésus, c’est-à-dire Dieu s’offrant en holocauste à Dieu ! Vraiment je n’arrive pas à com- prendre. Je pense que celui qui a la foi voit mieux les choses que moi. Ça doit aider beaucoup à vivre, la foi. ( La Croix, 1982) Bien sincère devant ses lecteurs, Hervé Bazin reconnaît son infirmité : il lui manque la foi, mais il jette son regard un peu plus loin, en pensant à ceux qui sentent la flamme de la religion brûler dans leurs esprits. L’écrivain voit cette certitude de croyance comme une issue de secours à la révolte quotidienne, qui prouve le dicton : Extra ecclesiam nulla salus. Cependant, s’il se trouve à l’extérieur c’est à cause de l’esprit de révolte contre toute croyance de samaman : « surtout ne pas croire ce que croyaient mes parents. » ( La Croix, 1982) Du côté de la thématique que nous allons aborder dans cette étude, nous nous sommes proposé de commencer par Vipère au poing, un texte qui pourrait être con- sidéré comme un règlement de compte avec sa famille. La révolte contre la divinité commence dans l’enfance et s’amplifie au jour le jour, de sorte que l’écrivain même ne puisse expliquer l’origine de son irréligiosité : le premier signe qui suggérait une intolérance face aux prières quotidiennes et aux confessions publiques est remarqué lors de sa première escapade de la maison. Le lecteur saisit le jeune Jean en train de fumer et en lisant un journal socialiste, au contraire des croyances de sa famille, qui permettait aux enfants seulement la lecture de La Croix :

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