AGAPES FRANCOPHONES 2016
Agapes Francophones 2016 76 4 On peut lire ce commentaire dans la Revue Tréteaux, N ° 7–8, septembre-octobre 1934, p. 9. En 1996, suite à la rédaction et à la soutenance de ma Thèse de Doctorat, concernant le Théâtre belge francophone des Années Vingt (Milan, juin 1999), je me suis intéressée de près à la production spectaculaire d’Henry Soumagne. Après la publicationde deux articles concer- nant deux pièces majeures ( Tra sacro e profano:il grottesco ne L’A UTRE M ESSIE di Henry Soumagne, [Entre le sacré et le profane : le grotesque dans L’A UTRE M ESSIE d’Henru Sou- magne] et Deux pièces belges au Théatre duMarais, Les Indifférents d’Odilon-Jean Périer et Bas-Noyard d’Henry Soumagne, parus dans les Actes dell’Accademia Peloritana dei Perico- lanti, Messina-Napoli, Edizioni Scientifiche Italiane en 2007 et en 2010) et suite à l’établisse- ment de l’édition critique de la première pièce du dramaturge, Les Épaves (1920), Messine, AndreaLippolis editore, 2011 (à rééditer prochainement), j’envisage, actuellement, la compila- tiond’unemonographie car il n’existepas encoreune étuded’ensemble complète et exhaustive. Toutefois en ce qui concerne certains épisodes de la vie de Soumagne, pour ce qui est de ses goûts littéraires et de sa personnalité, j’ai toujours eu recours aux deux précieux écrits de René Golstein, Henry Soumagne (1891–1951), « Le Thyrse », N°XLIV, 1951 ; et de Robert Hamaide, Henry Soumagne Bruxelles, Au Large, 1927. J’ai également consulté le Mémoire de Licence de Paul-Bernard Jadin, Henry Soumagne, sonœuvre théâtrale de 1923 à 1928, Université ca- tholique de Louvain, AnnéeAcadémique 1963/1964 (aux Archives etMusées de laLittérature, cote MLTC 104). 5 Ce propos de George Sion, ami de Soumagne et, avec celui-ci, auteur de L’arbre de la liber- té, treize tableaux joués au Théâtre du Parc de Bruxelles en 1945, apparait dans la Préface de l’édition la plus récente des deux ouvresmajeures dudramaturge. Il s’agit deHenry Soumagne, L’Autre Messie, Madame Marie, Bruxelles, Palais des Académies, 1990. Toutes mes citations feront référence à ce volume. Soumagne est le nom de plume d’Henry Wagener, né à Liège le 4 mars 1891 et avocat de profession. Après avoir fait ses études secondaires au Collège Saint Michel à Bruxelles, il abjure la foi catholique, en devenant sceptique, mais il gardera envers le Dogme une attitude ambiguë qui le conduira à se poser, quand même, le problème de l’existence de Dieu. En 1909, il s’inscrit à la Faculté de Droit de l’Université Libre de Bruxelles. Sa passion pour la jurisprudence va de pair avec son inclinaison pour un dandysme qui re- monte àWilde et qui n’exclut pas un fort intérêt pour les écrivains romantiques, en particulier pour Victor Hugo. La vie universitaire s’écoule paisiblement, bien que ses collègues décou- ragent ouvertement ses ambitions littéraires. Quand la 1 re GuerreMondiale éclate, Henry Sou- magne, mobilisé, combat à Namur et il est fait prisonnier, d’abord en Allemagne, puis en Suisse. La guerre ainsi que sa captivité, seront la cause de son malaise qui devient de plus en plus profond. À son retour en Belgique, ayant déjà rédigé Les Épaves ainsi que le manuscrit du Buste de cire, pièce en un acte, qui sera représentée en 1931, il s’inscrit au barreau de Bruxelles. C’est à partir de cette période que sa carrière d’avocat et celle de dramaturge fu- sionnent. La célébrité arrive en 1923 à la suite de la mise en scène de L’Autre Messie qui lui Il s’est fait que dans son impiété fondamentale mon œuvre est toute pleine de respect mystique. Et la rencontre fortuite de ces deux sentiments contradictoires me fut un bonheur. H. Soumagne, Préface à Madame Marie « Henry Soumagne est un auteur dramatique heureux. À peine a-t-il terminé une pièce, que celle-ci est représentée à Bruxelles, à Paris, à Prague et Dieu sait où. C’est un sort enviable ». C’est de cette manière que s’exprimait, en 1934, Maurice Gauchez, l’un des critiques les plus réputés de l’époque 4 . Malheureusement les événements qui sont survenus depuis n’ont pas donné tout à fait raison à Gauchez car, encore en 1990, date de la publication la plus récente du Mystère en trois actes qu’est MadameMarie, Georges Sion, l’un des plus chers amis de l’écrivain liégeois, affirmait : « Soumagne est certainement de ces auteurs que les dates de l’histoire lèsent injustement » (1990, 5) 5 .
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