AGAPES FRANCOPHONES 2016

Claudia BIANCO Humain ou trop humain ? L’Évangile revisité d’Henry Soumagne 77 donne une grande réputation au niveau européen. Les pièces suivantes, Bas-Noyard (1924), Les Danseurs de Gigue (1926), Terminus et MadameMarie (1928), le consacrent comme l’un des dramaturges les plusmodernes de l’époque. Après 1928, l’activité « en solo » de Soumagne s’achève brusquement. Il se dédie à ses occupations d’avocat en continuant à publier pour le théâtre en collaboration avec des amis écrivains. Toutefois, son travail « l’obsède » tellement qu’il rédige deux volumes de Chroniques Judiciaires et des comptes rendus dequelques procès qui se révèlent de véritables polars. En 1951, Henry Soumagnemeurt d’un accident sur la route à Metz, ne pouvant plus rédiger « cette œuvre définitive qu’on [était] en droit d’attendre de lui ». (C. Poupeye, Henry Soumagne ou le rationalisme romantique au théâtre, « L’Indépen- dance belge », 6 mars 1932.). 6 C’est moi qui traduis. 7 L’Autre Messie représentée au Théâtre du Parc de Bruxelles et mise en scène par Lugné Poe, rend célèbre Soumagne sur les scènes européennes. La pièce fut jouée à Paris, à Prague et à Berlin et obtint, successivement, le Prix de l’Académie Picard et le prix de la Société des Auteurs .Malheureusement, à causede son sujet, (l’existencedeDieudépendra du résultat d’un match de boxe et toute croyance religieuse y est bafouée et ridiculisée) la pièce fut censurée. Même si « une maitrise technique et une vivacité admirables s’y mettaient au service d’une pensée neuve et puissante […] le public s’étonne car il comprendmal. Soumagne étudie, réalise des formules et ses recherches de savant ne peuvent satisfaire que des spécialistes » (Hamaide, 1927, s. p.). Et heureusement qu’il en avait ! J’ai fait une analyse détaillée de l’Autre Messie dans ma Thèse de Doctorat, soutenue en 1999, mais aussi, plus récemment, dans mon article Tra sacro e profano … (2007, pp. 329/350). 8 Il s’exprime de la sorte à l’occasion de sa Conférence prononcée à la tribune du Thyrse, le 30 octobre 1951. Dans son Mémoire de licence, qui remonte au début des années mille neuf cent soixante et qui relate de la production spectaculaire du dramaturge de 1923 à 1928, Paul Bernard Jadin signalait que « les ouvrages spécialisés sur l’histoire du théâtre contemporain omettent son nomou le citent négligemment » (1963, 3). Par la suite, Paul Émond a affirmé, à son grand regret, « [qu’]on a oublié Soumagne et c’est dom- mage» (1983, 221). Rosalba Gasparro, en soulignant que le nomde Soumagne reste malheureusement en dehors des grands circuits littéraires, a renchéri en disant que la collocation du ‘Nôtre’ dans [n’importe quelle] histoire du théâtre belge franco- phone, pourrait se révéler nébuleuse pour la critique traditionnelle » (1992, 59 6 ) ; à Paul Aron de sanctionner que « Soumagne n’a jamais bénéficié de la notoriété qu’ont eue Crommelynck et Ghelderode » (1995, 143). Par contre, de son vivant, Soumagne jouit d’une indéniable renommée. En 1923, la même année du grand succès reporté par sa pièce la plus connue, L’Autre Messie qui, avec Madame Marie forme une sorte de diptyque 7 , Maurice Maeterlinck, dans Le Figaro du4décembre apu célébrer chez l’écrivain « un tempérament dramatique de premier ordre, un créateur d’atmosphère spirituelle, un inventeur scénique ». Camille Poupeye associe son esthétique à celle des expressionnistes (cf. 1924, 2) Robert Hamaide, en jugeant toute son œuvre, voyait en elle « une mécanique ori- ginale et neuve » (1927, s. p.). Quelques mois après son décès René Golstein, son grand ami et collègue universitaire, se fait un honneur de dire non seulement que l’écrivain a atteint « une notoriété hors des frontières de [son] pays »mais aussi que son œuvre se situe « à côté de celle de dramaturges [belges tels que] Maeterlinck, Crommelynck, De Ghelderode » (1951, 1) 8 , explicitant, en ce sens, un avis tout à fait contraire à celui de Paul Aron que j’ai cité plus haut. Robert Chesselet, dans un article paru dans La Lanterne de Bruxelles, le 2 août 1951, avait mis en évidence une étonnante expertise dans l’art de la scène en indi-

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