AGAPES FRANCOPHONES 2016
Agapes Francophones 2016 78 9 Je renvoie, à ce propos, à un volume qui constitue une sorte de must de la bibliographie de la littérature belge, à savoir M. Quaghebeur, Lettres belges entre absence et magie, Bruxelles, Labor, 1990 et, en particulier, à la partie Des Dramaturges, p. 173–368). 10 Je cite Michel de Ghelderode qui a écrit Choses et Gens de chez nous, une œuvre en deux tomes, publiée à Liège en 1943 par A. Maréchal. Pour mieux expliquer le sens dumot Zwanze, à la page 251 du texte que je viens de citer, le dramaturge fait appel aux affirmations d’un so- ciologue : « Les Français sont fumistes, nous sommes zwanzeurs. La zwanze est bien à nous ; le Bruxellois n’a pas la plaisanterie fine, ses mots viennent du ventre, ils éclatent comme des pétards de seconde qualité, et nous avons le défaut contraire des Parisiens : C’est pendant qu’eux coupent les cheveux en quatre, d’en faire, nous, des tresses pour les mieux tenir ! » vidualisant en lui « un écrivain de race et doué du précieux sens de l’ironie des choses humaines. […] Le théâtre il était de ceux qui savent ce que c’est […] grande était sa compétence en la matière ». En 1952, Suzanne Lilar en louant la « hardiesse et la nouveauté » de ses choix spectaculaires (Lilar 60) ne fait que confirmer et sanctionner l’anticonformisme et l’originalité d’un théâtre tout à fait neuf ; elle inaugure et autorise, en même temps, les jugements et les appréciations suivants. Georges Sion en exalte la « force provocante » (1980, 56). Les chercheurs qui se sont intéressés à l’œuvre duWallon par la suite, ont loué sa « vocationmoderniste » (Gasparro, 1992, 58) et sa « perspective novatrice » (Aron, 1995, 142–143). D’autres scientifiques le définissent comme un « avangardiste » (Sion 1990, 5) un « anticon- formiste » (Collectif, 1998, 321), un « expérimentateur » (Collectif 2003, 333). Si Paul Émond synthétise la démarche de Soumagne en disant qu’il veut « faire du neuf de façon provocante » (1983, 222), c’est Paul Gorceix qui, en faisant allusion au « premier Maeterlinck », emploie l’adjectif qui, selon moi, est le plus adéquat pour qualifier l’identité du dramaturge. Il serait un « iconoclaste » et, dans son œuvre, comme dans celle de son prédécesseur et collègue, on assisterait « à l’effort de réconcilier ce que la scolastique de l’humanisme a séparé artificiellement : réel- surréel, conscient-inconscient,matière-esprit, autant de contraires qui sont indisso- lublement unis dans la vie ». (1999, 190). En tant que belge, Soumagne respecte les traditions de son pays. Il possède un esprit espiègle, il est zwanzeur, il se moque de manière joyeuse – mais aussi trucu- lente – des autres et de la société. « Dès que l’on aborde son théâtre, c’est la volonté d’expérimentation que l’on y découvre, le désir de faire du neuf et souvent de façon provocante (Émond 1983, 222) ». Au service d’un théâtre d’idées, il recherche des solutions originales, nouvelles et étonnantes qui ont fait de lui un écrivain d’avant- garde, un « insolite et un irrégulier » ( Pourquoi pas 1926, 424–425) dans la plus pure tradition belge 9 . En citant Michel de Ghelderode, il est « un turlupin, un loustic » 10 et, j’ajoute, un blagueur intelligent dont l’humour gouailleur, était encore trop « moderne » pour être bien compris et accepté par ses contemporains et par un public petit bourgeois, surtout lorsque ce genre, tout particulier de raillerie, se matérialisait sur la scène et s’associait, comme dans le cas de L’Autre Messie et de Madame Marie, à une spiri- tualité qui ne faisait qu’accroître l’angoisse et la désapprobation et le désarroi du public qui ne pouvait pas accepter la farce outrancière et une moquerie trop appu- yée, associées à une dose non négligeable de burlesque et de cynisme. Il s’en prenait aux « vérités admises en montrant qu’elles ne procèdent que de conventions » (Piret 2001, 332) ; il dévaluait aussi les capacités de la pensée et du
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